[CRITIQUE] LE SOUPIR DES VAGUES de Kôji Fukada

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Après Harmonium, Kôji Fukada quitte momentanément la noirceur urbaine japonaise pour installer en Indonésie une fable animiste aérée et estivale. Réagissant à une préoccupation très contemporaine sur les rapports entre l’homme et la nature, il imagine cette histoire d’un mystérieux étranger venu de la mer et dont la présence modifie les comportements des gens qu’il approche. Il a choisi pour la raconter la ville hautement symbolique de Banda Aceh, qui a été l’une des plus touchées par le tsunami de 2004. C’est là que la jeune Sachiko rend visite à sa famille japonaise, espérant faire le point sur sa vie loin de Tokyo. En même temps, l’endroit est troublé par la présence de Laut, cet étranger qui ne parle pas, mais semble comprendre tout ce qui se passe. Il devient le centre d’attraction du petit groupe qu’il a choisi d’adopter pour vivre avec eux. Il semble même modifier leurs comportements: à son contact, des gens qui se connaissent depuis longtemps mais gardaient leurs distances finissent par se rapprocher, à l’occasion d’une sorte de chassé-croisé amoureux aux accents rohmériens assumés.

La nature du lieu, où se côtoient de multiples nationalités, incite les gens à se connaître, à intégrer les différentes cultures et à parler un langage commun. Bien que très différent de ses films urbains, Le soupir des vagues contient quantités d’indices portant la signature inimitable de Fukada. La parenté avec Au revoir l’été est naturelle, puisque c’est pour faire les repérages de ce film qu’il a découvert pour la première fois Banda Aceh. D’autre part, Fukada revendique s’être inspiré pour Le soupir des vagues du roman de Mark Twain L’étranger mystérieux, dont l’influence est également détectable dans Hospitalité et Harmonium, notamment cette idée d’un intrus qui fait irruption au sein d’une famille ou d’un groupe pour en révéler les failles, un peu à la façon de Théorème (Pier Paolo Pasolini, 1968). Cette fois, Fukada laisse la porte ouverte aux interprétations concernant son mystérieux personnage: il semble incarner l’esprit de la nature qui donne la vie et la reprend arbitrairement, ce qui parfois peut provoquer l’incompréhension. Il peut aussi avoir des allures christiques avec sa façon de marcher sur l’eau et d’accomplir ce qui ressemble à des miracles. Ce qui est sûr, c’est qu’il affirme la notion d’un ordre universel qui rappelle que la nature contrôle l’homme et non l’inverse. G.D.

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