« Le mangeur d’âmes » de Alexandre Bustillo et Julien Maury: banal téléfilm ou thriller solide? On hésite et on se dispute!

L’AVIS DE GUILLAUME
Après un étonnant Belphégor en banlieue parisienne (Kandisha) et une séance d’urbex sous-marine en Occitanie (The Deep House), Julien Maury & Alexandre Bustillo déboule cette fois-ci dans les Vosges à l’occasion de leur dernier film. Forêts sombres, villes tristes où la population semble avoir déserté: le cadre idyllique pour transposer le roman d’Alexis Laipsker. Nous suivons donc deux gendarmes dépêchés sur place pour deux affaires distinctes. L’une (Virgine Ledoyen) enquête sur le double meurtre d’un couple dans leur maison et l’autre (Paul Hamy) sur la disparition d’enfants. Elle est méthodique et froide comme la glace, lui bourrin et chaud comme la braise. Si, au début, la cohabitation semble compliquée, elle devient nécessaire quand ils se rendent compte que les deux affaires semblent bel et bien liées.

Vous l’aurez deviné en lisant ces lignes, c’est sur les terres du polar rural glauque façon Rivières pourpres que les réalisateurs posent leurs caméras pour leur septième long-métrage. La comparaison semble inévitable et on aurait aimé que le duo ait les mêmes ambitions cinématographiques qu’un Kasso jadis. Si on est d’abord curieux de voir le traitement que les cinéastes vont apporter à cette adaptation, on se retrouve assez vite obligés de revoir nos espérances à la baisse. En effet, que ce soit dans la conception, le montage ou dans l’avancée du scénario, le film prend rapidement les atours d’une production France TV. Les séquences de fouilles et d’interrogatoires se succèdent mollement. La relation comme chien et chat entre les deux protagonistes agace. Le cahier des charges est appliqué sans soubresauts et, hormis une course-poursuite avec Paul Hamy dans le plus simple appareil, on a bien du mal à se mettre quelque chose sous la dent.

Il faudra attendre le dernier acte pour qu’enfin le cadre se fissure. Le climax prenant place dans un sanatorium abandonné se révélant être un musée des horreurs. Là, les révélations s’enchaînent et des flash-back bien gores viennent éclabousser l’écran. Cela ne sauvera pas l’ensemble, mais on reste quand même curieux de voir ce que les deux compères si atypiques dans le paysage français nous réservent pour la suite… G.C.

GÉRARD N’EST PAS D’ACCORD!
À force de fréquenter le festival de Gérardmer, Julien Maury et Alexandre Bustillo se sont familiarisés avec les Vosges au point d’y installer leurs caméras pour leur 7ᵉ long métrage (et accessoirement obtenir les aides de la région).

Avec cette adaptation d’un roman d’Alexis Laipsker, ils s’éloignent un peu du domaine purement fantastique pour traiter le genre de thriller sombre popularisé par Se7en. Le résultat est beaucoup plus recommandable et moins redondant que beaucoup de tentatives du même genre, probablement parce que les auteurs l’ont approché en artisans modestes et déterminés, sans autre prétention que l’efficacité. Le début rassemble un duo improbable composé d’une enquêtrice de police aguerrie (Virginie Ledoyen) et d’un gendarme débutant (Paul Hamy). Elle enquête sur un double meurtre et lui sur des disparitions d’enfants. Les deux affaires ont des points communs, ce qui, au lieu de les opposer comme ils semblaient enclins à le faire, les incite à s’entraider pour faire avancer une enquête beaucoup plus compliquée qu’elle n’en a l’air. Une série d’affaires connexes se dévoilent, dont une légende anecdotique inscrite dans le folklore local et un trafic de drogues de synthèse aux effets spectaculaires.

Le film trouve un équilibre entre un récit riche en surprises, et une galerie de personnages complexes et fragiles, très bien servis par leurs interprètes, d’autant qu’ils jouent des rôles inhabituels pour eux. Au fil d’une réalisation simple et solide, quelques séquences gore rappellent le passé de Maury et Bustillo. De ce point de vue, la première scène de meurtre paraît exagérément grotesque, mais sa sauvagerie est justifiée plus tard d’une façon inattendue et même amusante. Au total, un mystère roboratif à l’atmosphère ténébreuse, bien mise en valeur par le décor montagnard. G.D.

24 avril 2024 en salle | 1h 50min | Policier, Thriller
De Julien Maury, Alexandre Bustillo | Par Annelyse Batrel, Ludovic Lefebvre
Avec Virginie Ledoyen, Paul Hamy, Sandrine Bonnaire

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