« L’année du requin » de Zoran et Ludovic Boukherma: un pastiche des « Dents de la mer » qu’on espérait plus déconneur et substantiel

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Pastiche d’été. Au terme d’une décennie de bons et loyaux services, Maja (Marina Fois, de retour à un registre plus léger après As Bestas), gendarme maritime à la Pointe du Cap-Ferret, part à la retraite. Mais alors qu’elle renonce péniblement à l’uniforme, plusieurs cadavres sont recrachés par les flots… Et pour résoudre l’enquête, ses collègues auront besoin d’un plus gros bateau!

Dommage, comme c’est dommage. Condamné à écumer les nanars ces dernières années (la franchise des Sharknado pour ne citer qu’elle), notre ami le requin a enfin l’occasion de prendre le large en faisant via ce film ses débuts cinématographiques dans l’Hexagone! Mieux, il se fraie un chemin dans les eaux tranquilles des Landes.
On y entend les douces voix de deux chroniqueurs bien décidés à ouvrir l’antenne locale de Cnews et les stands de location de pédalos font florès. On est bien chez nous! Et c’est peu dire que le cadre franco-français de L’année du requin, le nouveau film des Boukherma bros, contraste agréablement avec le mastodonte sanguinaire, réservé a priori à Spielberg et aux US, qui va y faire son apparition surprise. De quoi créer les conditions idéales pour une comédie horrifique, ce genre si bien réhabilité par les frangins avec Teddy (2020), leur loup-garou des campagnes profondes. Hélas, sur ce coup, leur transition vers les créatures aquatiques ne se fait pas sans remous; le mélange des genres annoncé peinant à opérer.

Ce qui déçoit, c’est le manque d’ampleur mais aussi d’épaisseur. Exactement comme dans Les Dents de la mer (jusqu’au décalque!), L’année du requin prend les atours de la grande chronique extraordinaire d’une petite ville ordinaire. Comme Teddy et ses proches dans le film précédent des Boukherma, la brave Maja et ses collègues sont des gens «normaux», ils n’ont a priori pas les épaules pour encaisser un évènement d’une telle envergure. Mais pourquoi rendre des gens «normaux» aussi vides et donc peu consistants/émouvants/attachants? Maja, son époux (un Kad Merad pas très en forme malgré une dynamique de couple qui aurait pu être intéressante tant elle inverse les rôles de genre habituels) et ses collègues gendarmes laissent tous une impression globale de fadeur. Le microcosme dans lequel ils évoluent aurait gagné à être plus étoffé et c’est dommage pour les quelques saillies humoristiques réussies. Le résultat est à l’aune de cette insignifiance, caractérisé de surcroît par un incompréhensible excès de retenue. Face aux promesses sur le papier, L’année du requin manque très bizarrement de sel. L.C.

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