[VITE VUS 🔴] « La meilleure version de moi-même » de Blanche Gardin

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Séance de rattrapage pour La meilleure version de moi-même, la série de Blanche Gardin, disponible sur MyCanal.

On était assez curieux de découvrir La meilleure version de moi-même (★★★), la série de Blanche Gardin réalisée par ses soins et écrite avec le talentueux coscénariste Noé Debré. Blanche Gardin y joue son propre rôle, une Blanche qui ne comprend pas pourquoi elle est ballonnée à mort. Elle demande de l’aide à son médecin, assurant que l’autodérision est nocive pour son deuxième cerveau, à savoir l’intestin. Du coup, ce dernier lui conseille d’arrêter l’humour méchant et d’adopter une vie plus saine. Objectif: devenir une bonne personne, chasser tous les mauvais esprits quitte à en devenir malade. Le premier malentendu consiste à penser qu’il s’agit là d’une série (intégralement) comique, fonctionnant comme ses one-woman shows Bonne nuit Blanche et Il faut que je vous parle. Or, c’est une série conçue comme un faux documentaire, brûlant les cartes du vrai et du faux (le principe du mockumentary), racontant un vacillement, un abime qui s’ouvre, et qui progressivement, au lieu de chercher la connivence du rire, montre, de façon fictive et féroce, à quel point celle qui remplissait alors les salles est tout simplement en train de faire fuir (tout) le monde, de s’éloigner de tous et de nous, complices voyeurs, qui la suivont jusqu’au bout.

Alors que la Blanche Gardin fictive de la série martèle qu’elle ne veut plus d’ironie dans sa vie, La meilleure version de moi-même joue à fond cette carte de l’ironie, révélant la pire version de Blanche Gardin, quelqu’un qui aurait renoncé à toute forme d’humour dans sa vie (ce qui, comme vous le savez tous, sauve de tout, comme l’amour, hein), qui aurait cédé à toutes les modes actuelles (développement personnel, médecine alternative, narcissisme 2.0, entre autres) jusqu’à l’idiotie, qui clouerait au pilori son compagnon (Louis C.K., maitre des séries à la première personne avant de voir ses oeuvres mises à l’index à la suite d’accusations d’exhibitionnisme sexuel, coincé dans les limbes de sa cam à distance), qui écouterait sans broncher un plombier gourou assurant qu' »Il n’y a plus de cancers chez les gens qui boivent de l’eau biodynamisée« . Et qui, sous couvert de politiquement correct, donnerait son spectacle le moins drôle, le plus morbide. Et là, fini de rire.

Le procédé rappelle évidemment Platane, de Eric Judor, autre exercice d’autoparodie sur Canal+, mais qui faisait, lui, entrer plus de personnages secondaires dans son univers et qui, en cela, ne s’autodétruisait pas; c’est d’ailleurs lorsqu’elle provoque des interactions que la série décolle un peu, comme dans cet épisode 6 dit du jeûne extrême, dans lequel Blanche anime une réunion réservée aux femmes dans une ferme, perdue en pleine campagne et fout au feu ses deux Molière. Et donc lorsqu’elle pousse jusqu’à l’absurde et jusqu’à la radicalité ce qui traverse la société actuelle (véganisme, spécisme, sororité…). Forcément, ça gratte. Certains trouveront ça irritant (et c’est fait pour), d’autres se réjouiront que Blanche Gardin prenne à contre-pied les attentes (l’anti-fais-nous-rire-maintenant), bouscule l’esprit critique (sommes-nous à ce point tous lobotomisés et sans humour pour ne plus prendre de distance et ne plus supporter la moindre ironie?) et fréquente des sentiers réellement inconfortables, d’un mauvais esprit salutaire, rejoignant en cela son complice Jean-Christophe Meurisse, réalisateur de Oranges Sanguines, que l’on aperçoit d’ailleurs au détour d’une séquence anniversaire-licenciement hilarante du frère et assistant personnel de Blanche interprété par Paul Moulin.

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