I believe I can fly! Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, il découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide d »un doc qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret.
Bon mauvais goût ou mauvais goût tout court? On hésite. Un peu. Tout est fait pour irriter les scrogneugneux dans La Lune de Jupiter. Et, en notre for intérieur, ce n’est pas pour nous déplaire. Ça démarre d’ailleurs en trombe, annonçant d’emblée la couleur d’une fable faisant ouvertement le pari du fantastique, de la sidération et du merveilleux pour parler de l’arrivée de milliers de réfugiés en Europe. Soit le lâche assassinat d’un Syrien baptisé Aryan (!). En effet, un policier hongrois lui tire trois balles dans la poitrine. Fin de l’histoire? Pas du tout. Dans la boue de la zone frontière, le jeune homme ressuscite et, tel un ange, s’envole dans les airs. Et le spectateur de s’envoler avec lui. On n’a même pas le temps de se demander s’il s’agit de grâce ou de chichi, de sublime ou d’abject; on est happé. Certains ne manqueront de trouver cette esbroufe vaine et de bien mauvais goût. N’empêche, ce que l’on voit à l’écran tient littéralement du chaos, générant un sentiment de quasi-jamais-vu.
C’est le point de départ très clivant de cet ovni déséquilibré, longue errance dans une Europe déliquescente qui ne tient pas toutes ses (hallucinantes) promesses. Car, passé la stupéfaction du premier vol, que reste-t-il? Pas une vision du cinéma monumentale, quelque chose de plus étriqué virant tourbillon mayonnaiseux. En s’aventurant dans un Budapest lugubre et poisseux, Kornél Mundruczó donne à connaître une galerie de personnages volontiers pêcheurs qui se débattent comme ils peuvent avec leurs turpitudes dans ce triste monde tragique. A l’instar de ce médecin qui soigne les migrants dans les camps où les autorités hongroises les installent, qui se livre à de menus trafics sur leur dos, qui n’est pas un mec bien avec les femmes et qui, peut-être, va se racheter une conduite au contact de cet ange Syrien. Plus de deux heures pour nous expliquer que la rédemption pourrait être au bout du chemin, c’est un peu court. Mieux vaut donc considérer La Lune de Jupitercomme un virtuose film de chef-opérateur en roue libre et faire abstraction du récit transpirant la religiosité. La grâce pourrait parfois avoir lieu mais la laideur dévaste décidément tout sur son passage, nous retenant prisonnier de ce qui s’agite en bas: l’enfer des hommes.

