Depuis After earth (2013), M. Night Shyamalan n’est plus toujours le seul auteur des histoires qu’il porte à l’écran: il lui arrive aussi d’adapter des romans, ou une bande dessinée, comme c’était le cas pour son précédent Old, mais à chaque fois, le film qui en résulte porte sa signature inimitable. Elle tient à une mise en scène qui sait exploiter n’importe quel environnement – intérieur comme extérieur – pour générer le malaise et le suspens. Il a surtout une capacité de persuasion qui lui permet de faire croire en l’incroyable. C’est particulièrement vrai ici lorsqu’il adapte un roman de Paul Tremblay, qui ressemble à un thème idéal pour un épisode de la Quatrième dimension. Il a aussi gardé de sa première période, celle où il inventait des histoires pour endormir ses filles, le sens de la pédagogie, qui fait d’ailleurs dire au personnage de Dave Bautista: «Les enfants vous prennent au mot, donc faîtes très attention à ce que vous allez dire». Et cette distance invite à chercher le sens derrière les histoires.
Celle de Knock at the cabin commence avec la jeune Wen, huit ans, qui capture des sauterelles dans la forêt lorsqu’elle est abordée par un géant à l’élocution douce (Bautista). Celui-ci apprend que Wen a été adoptée par ses deux papas avec lesquels elle passe des vacances dans la cabane qu’ils ont louée dans les bois. Le géant prévient qu’il a besoin de leur rendre visite, accompagné de ses trois amis. Bientôt, ils frappent à la porte de la cabane, et devant le refus des occupants, ils forcent l’entrée et ligotent les deux adultes. C’est alors qu’ils énoncent leur but: unis par des visions communes, ils savent que la fin du monde approche, et que la seule façon de l’éviter, c’est que l’un des membres de la famille se sacrifie. Les quatre étrangers ne leur feront pas de mal, mais en cas de refus, ils se sacrifieront eux-mêmes l’un après l’autre, chaque mort ayant pour effet de provoquer dans le monde des désastres. De ce fait, ils s’assimilent aux quatre cavaliers de l’apocalypse, chacun d’eux étant chargé de détruire le quart de l’humanité par des moyens spécifiques.
La simplicité de l’intrigue pourrait passer pour une faiblesse, que Shyamalan transforme en force. D’abord, elle concentre sur quelques personnages isolés une pression incommensurable. Et son caractère extravagant joue en sa faveur, incitant les victimes de l’invasion à trouver de multiples raisons de ne pas y croire, retardant du même coup l’échéance, même lorsque les faits tendent à confirmer la thèse des envahisseurs. Toutes les possibilités sont envisagées, jusqu’au complot homophobe, et ces hypothèses permettent d’approfondir et de faire connaissance avec le passé des différents personnages. Sans pour autant lever l’ambiguïté, ni laisser retomber la tension que Shyamalan a installée en s’imposant à lui-même cette contrainte: comment résoudre ce problème impossible? La solution, qui décevra ou non, est moins importante que le chemin qui y a abouti. Chaque image de ce thriller intense est chargée de sens et d’atmosphère, et conditionne le spectateur à s’attendre à l’inattendu. Pas plus, mais pas moins. G.D.
1 février 2023 en salle / 1h 45min / Thriller, Epouvante-horreurDe M. Night Shyamalan Par M. Night Shyamalan, Paul G. Tremblay Avec Jonathan Groff, Ben Aldridge, Dave Bautista |

1 février 2023 en salle / 1h 45min / Thriller, Epouvante-horreur