Ce serait partir du mauvais pied que de prendre J’ai vu le visage du diable comme de l’horreur avec un grand H (la tentation, au vu du titre et de l’affiche, est forte). Ce qu’il est, en réalité, s’avère beaucoup plus insidieux. Sa réalisatrice, Julia Kowalski, avait à l’origine l’idée d’un documentaire traitant d’exorcisme et opta au final pour un étrange teen movie sensoriel et habité, qui n’offre en rien une résolution au classique bras de fer entre le bien et le mal: d’ailleurs, elle se cache bien de nous confirmer si son héroïne est bel et bien possédée… Rongée par une culpabilité indicible et des attirances homosexuelles qu’elle qualifie comme contre-nature, une jeune ado se laisse exorciser entre deux cours de maths, comme si elle allait chez le psy. Si l’atmosphère impressionnante (forêts hantées frémissantes, ruines glaciales et église spectrale) tend un piège au spectateur, il n’y a, même dans les scènes d’exorcisme, nulle envie de pousser quiconque dans les ronces ou de chercher la shock value dans l’espoir de lorgner vers William Friedkin (d’ailleurs cité explicitement, tout comme le formidable Mère Jeanne des Anges de Jerzy Kawalerowicz). Ce que J’ai vu le visage du diable pointe, c’est la banalisation du mal, le retour de la Pologne (et pas seulement…) vers des temps obscurs, où le fanatisme reprend ses droits, où la superstition l’emporte. Avec comme seule lueur d’espoir, une très belle scène de séduction, qui laissera entendre que sa diablotine prendra sans doute un jour son envol. C’est visible en cliquant sur ce lien. J.M.