[CRITIQUE] INTO THE WILD de Sean Penn

Tout juste diplômé de l’université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l’existence confortable et sans surprise qui l’attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui. Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres. Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s’aventurant seul dans les étendues sauvages de l’Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.

Le nouveau long métrage de Sean Penn, adapté du roman Voyage au bout de la solitude, de John Krakauer, donne sincèrement envie d’être aimé. Pour sa durée pas commerciale (près de deux heures trente), son sujet rugueux (l’escapade solitaire, loin des us et coutumes sociaux, d’un jeune homme fâché avec un père tyrannique et une maman lâchement soumise), son retour aux sources salutaire (l’ombre d’Indian runner) et sa prise de risque monstrueuse (impossible de trouver un défi plus casse-gueule). A bien y regarder, le résultat mérite d’être considéré pour ses intentions. Malgré des éclats intermittents, Into the wild reste moins désespéré, foudroyant, viscéral et radical qu’une rhapsodie automobile de Monte Hellman ou n’importe quelle autre histoire de perte de soi ou d’exil marginal. Brillant directeur d’acteurs – mais on le savait déjà sur Indian runner, Crossing guard et The pledge -, Sean Penn s’essaye à l’allégorie politique à travers le long trajet d’un beau gosse sans toit ni loi ayant réellement existé (Chris McCandless) qui coupe le cordon ombilical pour vivre ses rêves et fuir les contingences d’un monde cynique et sectaire en pleine première guerre du Golfe.

Pour l’illustrer, le cinéaste tâte la contemplation béate, peine à faire passer le sentiment d’isolement autrement que par des plans sur des paysages sublimes, des regards perdus embués de larmes. Quand il ne propose pas des afféteries formelles. Ou, pire, assomme sa fiction sous une bande-son envahissante. Tant de contrepoints artificiels qui alourdissent cette histoire de renaissance intérieure qui prêtait plus à l’épure, à l’ascèse, à une sobriété pourtant revendiquée. Sans compter qu’au lieu du bon bol d’air prévu dans la standardisation actuelle, on regarde ces images avec la sensation d’assister à une compilation de clichés inhérents au road-movie et autres tics des films indépendants US – le casting bling-bling influant dangereusement sur notre perception. Cela dit, malgré les fils trop voyants, Into the wild n’a rien de honteux. D’autant que comme dans tous les longs métrages de Sean Penn, la fin justifie les moyens. Qu’on ait adhéré ou non.

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