2024, année du 70ᵉ anniversaire de l’une des créatures les plus légendaires de l’histoire du cinéma, Godzilla, qui s’apprête à envahir nos écrans. Avant le nouveau film américain du studio Legendary Pictures, Godzilla x Kong : The New Empire, prévu pour le 10 avril 2024, et qui associera une nouvelle fois le lézard géant à son concurrent King Kong après le nanar de 2021, il est possible de (re)découvrir en salles le phénomène Godzilla Minus One.
La ressortie de Godzilla Minus One dans des dizaines de salles françaises pendant deux semaines à partir de ce mercredi 17 janvier, après l’expérience concluante menée dans les salles Pathé pendant 48 heures en décembre, constitue un événement. S’il s’agit du 37ᵉ film Godzilla de l’histoire, la France a accueilli très peu de films du monstre en salles, en dehors des adaptations américaines de Roland Emmerich, Gareth Edwards, Michael Dougherty et Adam Wingard. Fort de ses 81 millions de recettes à travers le monde, Godzilla Minus One va enfin percer nos frontières. Le film de Takashi Yamazaki n’est pas n’importe quel Godzilla. Pensé comme le film du 70ᵉ anniversaire, il a bénéficié d’un budget conséquent de la part de la Toho (pour une production nationale), soit une quinzaine de millions de dollars. C’est surtout le premier Godzilla à revenir en arrière, avant même le tout premier film d’Ishiro Honda. Minus One se situe en effet au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un Japon en ruines, et sous contrôle des États-Unis. Ce faux reboot (il y en a d’ailleurs eu plusieurs dans la saga) revient aux fondements de Godzilla et du traumatisme de la guerre. D’où le Minus One du titre, -1, situation à laquelle Godzilla renvoie le Japon et ses habitants, avant l’année zéro d’après-guerre.
Le résultat est réellement impressionnant, et ce dès les premières minutes situées sur une île du Pacifique. Godzilla, dans une taille encore raisonnable, attaque de nuit un camp de réparation d’avions kamikaze. Une scène qui fait écho au Jurassic Park de Steven Spielberg, et à son apparition aujourd’hui célèbre du T-Rex. Lorsqu’il réapparaît des années plus tard, Godzilla est désormais 3 à 5 fois plus grand, et ne fait qu’une bouchée d’un Tokyo déjà en ruines. La séquence dans laquelle il abat son rayon atomique est un sommet de désespoir, citant évidemment les événements tragiques d’Hiroshima et Nagasaki, jusqu’au champignon s’élevant dans le ciel. Un passage qui remet à leur place, soit l’oubli et le néant, les batailles de super-héros dans des décors d’aéroports ou de hangars vides qui ont pullulé sur nos écrans au cours des dix dernières années. En dehors de ces quelques séquences spectaculaires, et notamment une manœuvre finale en mer et dans le ciel visant à annihiler la menace à Godzilla par un stratagème débrouillard et farfelu, mais cinématographiquement parfait (passage obligé de tout bon film Godzilla), Minus One joue la carte du mélodrame historique chargé en pathos. Tout un pan du film qui apparaît plus dispensable et convenu tant la mise en scène si affûtée de Yamazaki pour créer du spectacle à partir d’un budget limité, perd ses moyens quand il s’agit de faire naître une émotion. C’est au fond le même reproche qu’on faisait au cinéma de Yeon Sang-ho lorsqu’il est passé à la prise de vues réelles (Dernier train pour Busan, Peninsula). Seul le protagoniste, kamikaze déserteur qui vit constamment dans la honte et la culpabilité, sort du lot et maintient miraculeusement à flot la partie plus consensuelle de Minus One. M.B.
17 janvier 2024 en salle | 2h 04min | Action, Aventure, Science FictionDate de reprise 17 janvier 2024 De Takashi Yamazaki | Scn Takashi Yamazaki Avec Ryûnosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yûki Yamada |

17 janvier 2024 en salle | 2h 04min | Action, Aventure, Science Fiction