Rattrapage d’un film visible dans les salles: Firestarter, de Keith Thomas, adaptation de Stephen King par le réalisateur de The Vigil.
La réussite de Blumhouse vient probablement de la volonté de la compagnie de développer deux axes distincts: le premier vise à produire des auteurs en leur laissant les mains libres (M. Night Shyamalan, Jordan Peele, Damien Chazelle, ou même Spike Lee), et le second consiste à exploiter le filon de l’horreur mainstream avec des franchises comme Insidious, The purge ou le réchauffage de Halloween. Étrangement, Firestarter (★) semble se situer au milieu des deux, et c’est peut-être ce qui explique son manque flagrant de caractère. La réalisation a été confiée à Keith Thomas, dont le très prometteur premier film The Vigil laissait espérer qu’il saurait aborder avec autonomie ce réchauffage du thriller de Stephen King. Une première adaptation par Mark Lester en 1984 n’avait pas laissé de souvenir notable, sinon celui de Drew Barrymore dans le rôle principal de Charlie, la fille douée de pyrokinésie.
Le roman trahissait la méfiance vis-à -vis du gouvernement américain, prêt à toutes les expériences et manipulations sur ses citoyens. Depuis, le thème a fait l’objet de mille variations, mais il est traité ici avec un remarquable manque de conviction, la compagnie secrète à l’origine du mal qui frappe la famille McGee relevant de la convention la plus banale. Le script signé Scott Teems (Halloween kills) est particulièrement plat, en dépit du fait d’avoir été approuvé par Stephen King. Il reprend les principaux éléments de l’intrigue originale, mais d’une façon tellement inerte que le film ressemble à une très longue exposition destinée à établir la base d’une franchise, un peu comme un premier épisode de série. Il ne se passe pas grand-chose, la plupart des informations sont dispensées par des dialogues gênants et redondants. Il semble que la principale idée nouvelle ait été d’établir Rainbird, le tueur chargé de retrouver Charlie, comme un personnage appelé à réapparaître dans les suites.
Keith Thomas semble avoir renoncé à toute velléité d’indépendance ou de personnalité pour coller au cahier des charges. On sent malgré tout une volonté de faire les choses bien. La photo de Karim Hussain est assez élégante, et la BO résonne de façon étrangement familière, et pour cause: une partie est composée par John Carpenter, qui avait été pressenti pour adapter le roman avant que les producteurs ne lui retirent le projet au vu des résultats de The thing, jugés insatisfaisants! G.D.
