[CRITIQUE] DON’T LOOK UP: DÉNI COSMIQUE de Adam McKay

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Kaboom! Deux piètres astronomes s’embarquent dans une gigantesque tournée médiatique pour prévenir l’humanité qu’une comète se dirige vers la Terre et s’apprête à la détruire.

C’est hénaurme! Dans la lignée de ses sketches satiriques pour Saturday Night Live, Adam Mc Kay a réalisé des farces avec son complice Will Ferrell (La légende de Ron Burgundy), avant de prendre un ton plus proche de la réalité pour dénoncer la corruption des marchés financiers (The big short) ou la prise du pouvoir par Dick Cheney (Vice). Avec Don’t look up: déni cosmique, il a beau revenir à la fiction satirique, il ne fait que prolonger l’idée que le pouvoir actuel a atteint un tel degré de corruption qu’il est incapable de traiter les vrais problèmes.

L’histoire démarre avec une métaphore transparente de ce qui attend le monde: une astronome (Jennifer Lawrence, terriblement coiffée), découvre l’existence d’un astéroïde en route pour percuter la terre. La date précise de l’impact laisse tout juste le temps de prendre des mesures préventives. Paniquée, l’équipe avertit les autorités, qui d’abord nient, puis temporisent, les élections étant prioritaires. La suite est une chaine de causalité hélas familière, traitée sur le ton de la farce apocalyptique désespérée, comme une version contemporaine de Docteur Folamour (Stanley Kubrick, 1964), auquel le film fait plusieurs clins d’œil. Plus concrète et précise que le réchauffement climatique, la menace venue de l’espace ne fait que souligner l’impuissance des autorités face aux groupes d’intérêts. Adam McKay confiait que le tournage du film avait été reporté à cause de la première vague de Covid, ce qui l’avait amené à réécrire le script. Mais il a été stupéfié de constater que ce qu’il avait écrit, notamment sur le déni de la menace, était largement en-dessous de la réalité. Et si la satire a beau s’appuyer sur l’exagération, elle a souvent ici des allures de documentaire.

Heureusement, le spectacle est assuré par une distribution pharamineuse. Chacun mériterait d’être détaillé, depuis Leonardo DiCaprio en scientifique dont la modestie excite sexuellement une journaliste carnassière (Cate Blanchett). Meryl Streep est hilarante en présidente qui a réponse à tout. Son personnage est manifestement inspiré de plusieurs modèles, mais on reconnaît facilement un récent président républicain dont elle incarne les travers (narcissisme, népotisme, coiffure ridicule) avec un plaisir évident. Jonah Hill, qui joue son fils dégénéré, ressemble au crétin joué par Kieran Culkin dans Succession, mais ce n’est peut-être pas par hasard, McKay étant producteur exécutif de la série qui s’amuse des soucis des ultra riches. La palme de la démence revient à Mark Rylance dans le rôle de Peter Ishewell, une sorte d’Elon Musk illuminé par une foi infaillible envers les algorithmes qui promettent un monde meilleur pour tous et surtout pour lui. Tel un descendant de Peter Sellers dans Folamour, Rylance/Isherwell est un méchant exalté, ridicule et dangereux parce que son pouvoir excède largement celui de tous les politiciens: c’est lui qui leur dicte leurs décisions. McKay déplie tous les fils de son vaste sujet, justifiant la longueur du film, avant de le couronner à la fin par un gag dont l’énormité ferait presque oublier la gravité qui précède. G.D.

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