« Civil War » de Alex Garland: d’ores et déjà un des films les plus marquants de l’année

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À Hollywood, certains thèmes de politique fiction paraissent tellement invraisemblables qu’ils sont rarement abordés. Et lorsque Joe Dante avait traité sur le mode satirique la rupture de l’unité nationale américaine dans The second civil war en 1997, son hypothèse avait beau paraître invraisemblable, elle obligeait quand même à se poser des questions: comment les États-Unis ont-ils fait, avec leur mélange de population aussi explosivement divers et hétéroclite, pour rester unis?

30 ans après, plus grand-monde ne se souvient du film de Joe Dante, mais Alex Garland a pris le relais avec une fiction qui repose sur les mêmes bases et qui résonne avec une réalité terrifiante. Trump est passé par là, contribuant largement à diviser la population jusqu’à un point de rupture. Et dans la foulée, Civil war, qui ne fait que projeter dans un futur proche -et sans nommer personne – les conséquences d’une situation contemporaine, ressemble presque à un documentaire.

Les États-Unis donc, sont divisés: d’un côté, la Californie et le Texas ont formé une alliance improbable pour lutter contre les autres états qui soutiennent le gouvernement en place. Deux armées s’affrontent; celle des sécessionnistes étant en passe de gagner et de lancer l’assaut sur Washington. Sans plus de détails inutiles sur qui a commencé et pourquoi, l’histoire est racontée du point de vue d’un groupe de photoreporters menés par Lee (Kirsten Dunst), une journaliste aguerrie qui tente de joindre la capitale afin de recueillir une interview du président avant sa probable et prochaine chute. Outre son coéquipier Joel (Wagner Moura), elle est accompagnée par des gens dont elle aurait préféré se passer: Sammy (Stephen McKinley Henderson), un vétéran qui ne peut pas se résigner à la retraite, et Jessie (Cailee Spaeny, vue dans Priscilla) une jeune admiratrice qui rêve de marcher sur les traces de Lee. La route, longue et dangereuse, est propice à une série d’épisodes qui rappelle Apocalypse now dans sa description de situations diverses et révélatrices.

En adoptant le point de vue des photoreporters, le film ne cherche pas à donner des leçons de vertu ou à présenter la presse comme le dernier rempart de la civilisation. Au mieux, leurs ambitions sont modestes: comme le dit Lee à un moment, elle a voulu faire ce métier parce qu’elle pensait qu’en montrant des photos choquantes, elle éveillerait les consciences et inciterait à prendre des mesures pour éviter de reproduire des horreurs, mais plus elle avance, et plus elle est désabusée. Au pire, dans le contexte de l’action, la principale motivation est d’accéder au scoop avant les autres, quels que soient les risques. Garland décrit l’excitation un peu puérile des journalistes shootés à l’adrénaline après avoir entendu les balles siffler autour d’eux, mais il montre aussi le prix à payer lorsque certains passent trop près de la mort.

Ni héros ni salauds, les reporters de Civil war servent d’intermédiaires pour une partie de la population qui cherche à aborder une réalité forcément complexe avec une approche objective, distanciée et analytique, à la différence des belligérants dont la pensée est réduite à une équation simple et binaire, à savoir: c’est eux contre nous. Dans cette logique de guerre, le but premier est de survivre soit en tuant l’ennemi, soit en évitant de se faire tuer par lui, ce qui revient au même. Plusieurs épisodes illustrent cet état d’esprit, le plus terrifiant ayant lieu avec Jesse Plemons dans le rôle d’un militaire fanatisé dont les lunettes teintées semblent symboliser tragiquement à quel point une idéologie poussée à l’extrême peut affecter la vision.

En tant que fable, Civil war se concentre sur l’Amérique, mais elle peut se voir plus généralement comme un avertissement universel sur les dangers des discours qui divisent pour justifier les dictatures. Avec une virtuosité tranquille, Garland exploite tous les aspects de son hypothèse ténébreuse, mais le voyage prend toute sa force immersive à l’occasion de scènes d’action d’une complexité impressionnante, jusqu’à une apothéose dantesque. Sans aucun doute un des films les plus marquants de l’année. G.D.

17 avril 2024 en salle | 1h 49min | Action, Drame, Science Fiction
De Alex Garland | Par Alex Garland
Avec Kirsten Dunst, Wagner Moura, Cailee Spaeny

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