« Christmas Eve In Miller’s Point » de Tyler Taormina à Cannes 2024: un film de dernier Noël en famille qui ne repose que sur des intentions

Dîtes donc la presse française, personne pour relever que la très bonne soundtrack seventies de Christmas Eve in Miller’s Point est allée puiser – on devrait dire pomper – dans celle de Scorpio Rising de Kenneth Anger!??? Présenté à la Quinzaine au sein d’une délégation américaine fort bien fournie, le nouveau Tyler Taormina filme un réveillon qui réunit les membres d’une famille italo-américaine de classe moyenne: ça se passe à Long Island, mais ça se passe surtout peu après le 11-Septembre, dans une Amérique où les souvenirs coïncident avec l’âge d’or des Christmas movies (les années 80, saintement déployées autour du foyer télévisuel et du magnétoscope). « Une bonne partie de ce film vient des décorations. (…) nous installons toutes ces choses aléatoires et donnons à la maison un aspect si excitant – cela ne sert à rien, si ce n’est à dire que la vie vaut vraiment la peine d’être célébrée », déclare en interview le jeune cinéaste de 33 ans et de fait, l’aspect décorum est absolument envahissant. Une orgie d’accessoires, de cadeaux, de nourritures, de mouvements panoramiques, de personnages (combien sont-ils dans cette immense maisonnée?) viennent s’agréger à une orgie de musique et une chiadée de dialogues; ce qui a pour conséquence immédiate de faire prendre six kilogrammes d’un coup au spectateur, dont le régime alimentaire est déjà grandement déséquilibré depuis l’ouverture mardi soir.

Dans cette maison boule de neige, les considérations de circonstance sur les cônes salami-mimosa ou le choix des paquets-cadeaux viennent se juxtaposer à une intrigue moins frivole, qui concerne, elle, seulement les adultes présents à cette grand-messe: la vente imminente de la maison de famille, en raison des problèmes de santé de la mère, vente qui invite à considérer ce Noël comme le probablement le dernier en ces lieux… Cette circulation de la parole qui divise une même table en plusieurs petits espaces disjoints, cet aspect foisonnant, voire vertigineux des rites familiaux ne manquent clairement pas d’intérêt. Le problème, c’est qu’un film ne peut pas reposer uniquement sur ses intentions, et que ce Christmas Eve, rempli jusqu’à l’os, perd beaucoup de choses en route à force de vouloir tout emporter. Il devient dès lors très compliqué de se fixer sur des personnages tous très exubérants qui ont un peu trop envie qu’on les trouve charmants pour que la séduction puisse opérer. Et il n’est dès lors pas étonnant de constater que les caractères les plus touchants sont aussi ceux qui cabotinent le moins – ce constat est hélas valable pour 90 % du ciné indé US qui peine à comprendre ce qui faisait les grands films de Woody Allen, pour citer LA figure tutélaire: c’est uniquement quand le cadre est vide et que l’épure est de mise que le bon dialogue peut se glisser et venir à son tour habiter l’espace! C’est comme à nos présentes soirées: à force de vouloir intégrer tout le monde au buffet, il ne reste plus aucun petit four pour personne. G.R.

1h 46min | Comédie, Drame
De Tyler Taormina | Par Tyler Taormina, Eric Berger
Avec Michael Cera, Elsie Fisher, Maria Dizzia

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