Burning Casablanca demande de laisser de côté tous ses préjugés sous peine de passer à côté d’un premier film stimulant, formidablement incarné, et plus profond que ses apparences rugueuses ne le laissent penser. Par beaucoup de côtés (le mélange des genres, le brassage humain et musical, l’énergie brute), il fait penser à Head On, qui avait valu à Fatih Akin un Ours d’or à Berlin. Le début est pour le moins percutant: Larsen Snake, rockstar déchue de retour à Casablanca, cherche à échapper à deux poursuivants mal intentionnés lorsque sa limousine entre en collision avec un taxi dont le chauffeur est distrait par la blague salace que lui raconte Rajae, une prostituée. L’une et l’autre s’entendent et ne vont plus se quitter. Ils ont pas mal de choses en commun: lui a besoin de se débarrasser de son addiction à l’héroïne comme elle aurait besoin de s’affranchir de son mac Saïd. Tous les deux souffrent également d’un passé traumatique dont les souvenirs leur reviennent par flashes.

Le tout pourrait ressembler à une accumulation de stéréotypes, mais le réalisateur Ismaël El Iraki réussit à les transformer en leur donnant une réalité viscérale. Grâce au contexte d’abord, les quartiers mal famés de Casablanca offrant une toile de fond vibrante d’un monde composite et vaguement familier où se côtoient le thé à la menthe et le whisky, le rock des années 70 et la musique traditionnelle marocaine. La musique joue évidemment un grand rôle, Rajae prêtant sa voix à Larsen qui a perdu la sienne à cause de l’héroïne. Le film vit aussi grâce à son interprétation : impossible d’ignorer la présence forte et sensuelle de Khamsa Batma, une star du rock alternatif au Maroc, descendante d’une dynastie de musiciens. Ahmed Hammoud est convaincant en junkie cabossé qui cache derrière des restes de fierté une douceur fondamentale. Il faut aussi signaler Saïd Bey, un acteur star qui prend ici des risques en incarnant un mac impitoyable et odieux, mais qu’il réussit à humaniser au point de voler quelques scènes à ses partenaires.

El Iraki prend son temps pour installer ses personnages dans leurs situations inextricables, ce qui laisse l’occasion de visiter les bars, bordels et night clubs du quartier et d’assister à quelques concerts bien sentis (dont certaines chansons sont jouées en entier), avant que les choses se précipitent. Le film change alors plusieurs fois de registre, passant du thriller post moderne au road movie, pour aboutir à une conclusion délibérément sous influence western. Tous les choix sont assumés et argumentés (notamment l’utilisation du rock des années 70) et le résultat est irrésistiblement réjouissant. G.D.

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