Frederik Wiseman est souvent considéré comme le maître de Raymond Depardon. A raison. Depuis Titicut Folies (1967), ce documentariste prolifique utilise la même approche immersive dans différentes institutions pour enregistrer la vie qui les traverse et dispenser une somme d’informations sur leur fonctionnement avec une grande pertinence. Son point de vue ressemble à celui d’un agoraphobe timide, à la recherche d’une humanité dans des lieux crépusculaires. En cherchant du chaud dans le froid, Wiseman tombe sur des anonymes errant dans les parages (de gré ou de force) et leur laisse le temps de s’exprimer. Dans Boxing Gym, il ne fait pas exception à la règle en filmant des obsessions et des vocations dans un club de boxe. Il laisse la dramatisation des pugilats spectaculaires à la fiction et privilégie comme toujours la dimension humaine : qu’est-ce que la boxe représente aujourd’hui dans la culture américaine?
La boxe touche tous les genres, tous les âges et toutes les catégories sociales, s’adressant autant à une mère de famille qu’à un adolescent obèse. L’important, c’est de saisir les vraies motivations derrière cet engouement universel. En surface, Boxing Gym sonde l’Amérique sur un ring de chauffe, son utopie sociale et son melting-pot ethnique. En substance, Wiseman dévoile les répercussions d’une mythologie de l’action dans une société capitalisée régie par la compétitivité. Face à la violence du monde et de ses coups, son regard d’octogénaire se révèle extrêmement doux, apaisé. Abhorrant la surcharge (sociologisme, didactisme, voix-off, musique hypertrophiée) comme la démagogie suintante, il préfère offrir une réflexion poétique sur le culte du corps et le temps qui passe, transcendée par un extraordinaire travail de découpage, de montage et de mixage.

