Souffler les paillettes qui ont toujours entouré l’icône de la culture populaire, morte à 36 ans, pour proposer un portrait cauchemardesque d’une artiste broyée par le système machiste en vigueur à Hollywood, et au-delà dans l’Amérique des années Kennedy. Voilà le programme de Blonde, le nouveau long métrage de Andrew Dominik, biopic romancé de Marilyn Monroe, diffusé depuis mercredi dernier sur Netflix et, depuis, au centre de nombreuses polémiques. Le président JFK lui-même, avec lequel l’actrice entretenait une liaison peu avant sa mort, il y a soixante ans, tombe d’ailleurs de son piédestal. Il est dépeint en prédateur sexuel à la recherche de chair fraîche, dans l’une des scènes les plus fortes du film, où Marilyn est contrainte de lui pratiquer une fellation pendant qu’il téléphone. La scène est à l’image du film, où Norma Jeane apparaît en femme fragile, abusée par les hommes de sa vie, dont ses ex-maris, la star du base-ball Joe DiMaggio (Bobby Cannavale) qui la battait et le dramaturge Arthur Miller (Adrien Brody) qui semble la mépriser. Côté psychologie, le film évoque l’enfance brisée par une mère violente, la quête jamais résolue du père et un ambivalent désir de maternité contrarié. Au risque de passer quasiment sous silence l’acharnement au travail de Marilyn, ou sa volonté de fer, davantage présents dans la biographie fictive et documentée de Joyce Carol Oates, dont est tiré le film.
Et l’écrivaine, justement, qu’en pense-t-elle? C’est sur Twitter qu’elle sort de son silence et donne sa critique: « J’ai trouvé que c’était/c’est un brillant travail d’art cinématographique qui n’est évidemment pas destiné à tout le monde », écrit-elle.
I think it was/is a brilliant work of cinematic art obviously not for everyone. surprising that in a post#MeToo era the stark exposure of sexual predation in Hollywood has been interpreted as « exploitation. » surely Andrew Dominik meant to tell Norma Jeane’s story sincerely. https://t.co/YCehGfskds
— Joyce Carol Oates (@JoyceCarolOates) September 30, 2022
« Ce qui me surprend, c’est que dans une ère post-MeToo, exposer la prédation sexuelle à Hollywood puisse être interprété comme de l’exploitation. Il est certain qu’Andrew Dominik voulait raconter l’histoire de Norma Jeane de manière sincère (…) Pour la jeune starlette Norma Jeane Baker, il n’y avait aucune possibilité de raconter ou de dénoncer un viol », poursuit la romancière. « Personne n’aurait cru une starlette et elle aurait été virée du studio et même blacklistée. Donc le film Blonde expose ce viol, 50 ou 60 ans après. La cruelle exploitation de Marilyn Monroe par, entre autres, John F. Kennedy, est bien connue des biographes de Marilyn et de Kennedy. Si son traitement est difficile à voir pour certains spectateurs, je leur suggère juste de ne pas regarder », dit-elle.
