« Black Phone » de Scott Derrickson: une drôle de gueule de film Amblin accidenté et mortifère

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Ce n’est ni avec ses bondieuseries interdites (les pénibles L’exorcisme d’Emily Rose et Délivre-nous du mal) ni avec son passage ok chez Marvel avec Docteur Strange, que Scott Derrickson allait nous appâter. Son malaisant et très bizarre Sinister avait par contre fait frétiller quelques fauteuils en son temps, son climat glauquissime dépassant d’une tête les habituelles productions sans éclats de Blumhouse. Pour Black Phone, le concerné revient à la maison mère et adapte le fiston de Stephen King, Joe Hill, qui en bon fils de, court après son papa à perdre haleine. On y croise en effet un tueur d’enfant grimé en magicien et entouré de gros ballons flottants («ÇA, c’est vraiment toi» comme on dit), et des gosses possédant ce qui ressemble à priori au fameux Shining. L’héritage bien sûr, mais calmons-nous.

À la fin des années 70, c’est un gamin (Mason Thames, parfaite symbiose du Michael Baldwin de Phantasm et de Barret Oliver dans L’histoire sans fin) à la famille éclatée (mère extralucide disparue, papa alcoolo et violent) qui finit entre les griffes du Grabber, un kidnappeur masqué qui laisse rarement en vie les petits infortunés qu’il entasse dans sa cave. Alors que la sœur de la victime tente de maîtriser ses dons de clairvoyance pour retrouver désespérément sa trace, notre petit prisonnier se voit contacté par les précédentes victimes du maniaque par le biais d’un téléphone déconnecté. Dans le genre film de séquestration, on a vu plus banal. Si on apprécie tout particulièrement l’atmosphère crépusculaire et maussade de la fin des 70’s (sans coup de coude à la Stranger Things, hormis un très bel extrait de The Tingler), avouons que la grosse surprise vient surtout de Ethan Hawke, le good guy aux yeux clairs ici dans la peau du croquemitaine, tour à tour onctueux, sanguinaire et insaisissable. Difficile là encore de ne pas penser à IT, tant l’influence de Gacy, le faux clown amateur de trop jeunes garçons, déteint beaucoup sur ce croquemitaine promettant de ne pas faire de mal à ses détenus, mais laissant délibérément la porte de sortie ouverte… tout en attendant les plus braves en haut des escaliers tel un ogre sadomaso. Avec ce qu’il faut de mystère, le boogeyman économise ses apparitions glaçantes et se voit teinté d’une aura démoniaque par le biais d’un surprenant masque modulable évoluant au fil des humeurs, d’ailleurs signé par le maître Tom Savini.

Chassez le naturel, il revient à vélo: on pardonnera moins quelques jumpscares venus des enfers, des traces de l’esprit catho porn de ce margoulin de Derrickson, un faux Bruce Campbell cocaïnomane qui s’est manifestement trompé de film et une toute fin à la morale si américaine (sors les poings pour devenir un homme!). De gros sabots, ce qui n’est pas étonnant de la part d’une prod Blumhouse, mais pas de quoi gâcher quelques belles idées de mise en scène (les fantômes guidant le héros par un jeu de piste qui révélera tout son sens en fin de partie) et sa drôle de gueule de film Amblin accidenté et mortifère. J.M.

22 juin 2022 en salle / 1h 43min / Epouvante-horreur, Thriller
De Scott Derrickson
Scn Scott Derrickson, Joe Hill
Avec Mason Thames, Madeleine McGraw, Ethan Hawke
Titre original The Black Phone

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