Après avoir posé ses caméras au Liberia (Johnny Mad dog) et en Thaïlande (Une prière avant l’aube), Jean-Christophe Sauvaire s’est rapproché de chez lui pour Black flies, adaptation d’un roman de Shannon Burke que le cinéaste a relocalisé à Brooklyn, là où il s’est installé depuis 2009. Même si le pitch (une tranche de vie de deux ambulanciers urgentistes) rappelle À tombeau ouvert de Martin Scorsese (1999), les deux fims ne racontent pas la même histoire. Le roman de Burke, écrit en 2008, décrivait Harlem dans les années 90 en pleine épidémie de crack.
Trente ans plus tard, il n’était pas question pour Sauvaire de faire un film d’époque. Il a donc transposé l’action dans le Brooklyn post covid, mettant en lumière la décrépitude du système de santé américain, dont l’impératif de rentabilité induit des situations aberrantes ainsi qu’une grande violence sociale dont les soignants sont des victimes indirectes. Le prix exorbitant des soins explique la réticence des blessés à se faire prendre en charge. Pour eux, monter dans une ambulance est pire que se faire embarquer par la police, d’où leur agressivité extrême envers les urgentistes. Lesquels par ailleurs doivent faire face à des salaires de misère et des horaires démentiels qui leur font friser le burn out en permanence.
Sauvaire connaît la question pour avoir passé deux ans à leur contact, en vue d’adopter leur point de vue dans son film. Le personnage principal en est Ollie Cross (Tye Sheridan), un jeune étudiant en médecine qui fait l’ambulancier en attendant de passer ses examens. S’il a encore des illusions sur la nature de son activité, la réalité brutale va rapidement changer sa vision des choses. L’un de ses collègues (Michael Pitt) a vu tellement d’horreurs qu’il s’est protégé derrière une carapace de cynisme. Un autre, Gene Rutkovsky (Sean Penn), est un vétéran lui aussi abîmé, mais qui a développé son propre système de valeurs pour survivre avec un semblant de sérénité, jusqu’à un certain degré. Leur quotidien, qui les confronte à un échantillonnage des pires situations imaginables, les marque inévitablement et les amène souvent à prendre des décisions vitales. L’une d’elles est révélatrice de l’implication des urgentistes en dépit des risques pour leur santé physique et mentale.
S’appuyant sur ses propres observations, Sauvaire décrit un univers chaotique à travers une mise en scène directe et viscérale. La force des images est accentuée par la bande son immersive élaborée par Ken Yasumoto et la musique composée par Quentin Sirjacq et Nicolas Becker, oscarisé pour Sound of metal. Le résultat peut paraître brut, mais le sujet l’exige. En tout cas, l’hommage rendu aux ambulanciers ne méritait pas l’accueil méprisant reçu à Cannes. G.D.
3 avril 2024 en salle | 2h 00min | Drame, ThrillerDe Jean-Stéphane Sauvaire | Par Ryan King, Ben Mac Brown Avec Tye Sheridan, Sean Penn, Michael Pitt Titre original Asphalt City |
3 avril 2024 en salle | 2h 00min | Drame, Thriller


