[CRITIQUE] BELLE de Mamoru Hosoda

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Après plusieurs tentatives infructueuses pour intégrer le studio Ghibli, Mamoru Hosoda y a peut-être gagné au change, créant son propre studio dont les productions sont distribuées dans le monde entier. Derrière la variété des films qu’il aligne avec régularité, il est possible de distinguer quelques caractères récurrents. Thématiquement, ses histoires sont toujours centrées sur la famille, et il se sert d’éléments fantastiques ou mythologiques pour révéler des conflits, permettant du même coup au(x) personnage(s) de les résoudre plus facilement.

Avec Belle, il réalise une synthèse de tout ce qu’il a réussi précédemment. Il reproduit, en le raffinant, le tour de force de Summer Wars, qui était arrivé à rendre limpide un récit d’une complexité extraordinaire (l’interaction entre le monde réel et un univers virtuel). C’est encore le cas ici, avec l’histoire de Suzu, une adolescente qui vit chez son père. Elle s’est renfermée sur elle-même depuis la mort quelques années plus tôt de sa mère, noyée en essayant de sauver un enfant. Depuis, Suzu ne chante plus, elle est anorexique, et son mutisme n’arrange pas sa vie sociale. Jusqu’au jour où elle intègre le réseau social U, qui, à partir des éléments biométriques de ses adhérents, leur fabrique un avatar avantageux. Sous le nom de Belle, Suzu décide de chanter, et très vite, avec l’aide de sa meilleure amie informaticienne, elle devient l’idole de millions de followers. L’intrigue rebondit lors de l’irruption de Dragon, un personnage menaçant dont les actions disruptives lui valent des millions de haters mais aussi quelques admirateurs. Belle est étrangement attirée par ce hors-la-loi dont les stigmates doivent correspondre dans la vie réelle à des blessures auxquelles elle s’identifie. Sa quête pour trouver la véritable identité de Dragon contribuera, peut-être encore plus que sa nouvelle vie alternative, à sa propre guérison.

Pour cette histoire qui ne pouvait exister qu’en animation, Hosoda s’est assuré la collaboration de pointures du monde entier, dont le coréen Jin Kim, ancien character designer pour Disney, qui a conçu l’avatar de Belle. La représentation du monde virtuel est extraordinaire, et donne l’impression vertigineuse d’un espace tridimensionnel sans limites, traversé de visions de pure magie, comme la baleine planante qui sert de podium à Belle. Par contraste, la vie réelle est figurée avec un naturalisme quasi documentaire, mais Hosoda évite judicieusement d’opposer les deux. Loin du cliché d’un monde virtuel dépeint comme vide ou fallacieux, il montre au contraire comment il peut contribuer à résoudre des traumatismes trop compliqués pour être compris dans la vie réelle. Autrement dit, les masques et les avatars révèlent plus qu’ils ne dissimulent. Et dans ce cas, ils contribuent à délivrer de l’empathie. G.D.

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