Avant de découvrir Beau is Afraid en salles le 26 avril, voici les indices révélés par le réalisateur Ari Aster dans les notes de production.
Ari Aster a eu l’idée de Beau is Afraid avant même de réaliser ses deux premiers longs-métrages, les immenses Hérédité et Midsommar. À une époque où il travaillait sur ses courts, et cherchait des idées pour un premier film, il a dû quitter en 24 heures l’endroit où il habitait. C’est ce qui a inspiré ce portrait d’un homme rongé par l’angoisse, et ayant peur de tout, s’apprêtant à rejoindre sa mère, et n’y parvenant pas. Ce premier jet du scénario était nourri par les lectures d’Ari Aster à l’époque, principalement Franz Kafka, Carl Gustav Jung, Jorge Luis Borges, mais dans une version plus dépouillée, plus acide et plus drôle, dans une logique cauchemardesque qui guide l’itinéraire du personnage principal qu’il baptise Beau. Quant à sa mère, Mona, Ari Aster s’empare de l’archétype freudien des mères qu’on tient pour responsables de tous les maux et les angoisses des enfants, et il en fait un personnage omniprésent, mythique et culpabilisant. Est-elle vraiment responsable de tout ce qui a déraillé dans la vie de son fils? «Beau is Afraid était, au départ, aussi éloigné de Hérédité que possible», explique Ari Aster qui, après une première version du scénario, l’a mis de côté pour réaliser deux autres films. «Au départ, je voulais en faire mon premier film, mais cela m’aurait fait passer pour un réalisateur très différent. Ce premier jet était sombre, cartoonesque, avec moins de pathos. Je le «pitchais» comme une odyssée freudienne comique.»
Après #Midsommar, suivez Ari Aster sur les coulisses de son nouveau film #BeauIsAfraid, avec Joaquin Phoenix dans le premier rôle.
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— ARP Sélection (@ArpSelection) April 17, 2023
Dans les années suivantes, Ari Aster s’est imposé comme un des nouveaux maîtres de l’horreur, avec deux films qui ont changé la forme et la substance du genre. Dans ces deux films, comme dans Beau is Afraid, des héritages subis, des ressemblances négatives se révèlent dans des moments de pression, déclenchant des peurs qui forgent les personnages, les contraignent et affectent jusqu’à l’image qu’ils peuvent avoir d’eux-mêmes. Beau is Afraid est devenu pour le réalisateur l’occasion de s’éloigner du style et de la narration du genre qui l’a fait connaître, pour se tourner vers quelque chose de plus viscéral et de plus épique. «En relisant le scénario tel que je l’avais écrit, je l’ai trouvé trop épisodique et pas assez discipliné. Il décrivait un personnage ballotté d’un monde à un autre, et cela ressemblait à une suite de sketchs. Je l’ai réécrit pour qu’il soit plus proche de ce que je ressens avec dix ans d’expériences nouvelles. Avec ce film, je ne mets pas en scène ce que traverse un personnage, mais ce qu’il ressent, ce qu’il expérimente. Je place le spectateur dans la tête du personnage, à l’intérieur de ses émotions, presque de ses cellules. Vous êtes dans ses pas, vous bougez à travers lui, dans le but de le suivre mais surtout de ressentir ses souvenirs, ses fantasmes, ses peurs paniques. Le film décrit la façon dont Beau expérimente la vie.» Malgré le succès critique et commercial de ses précédents films, et la cohorte de fans qu’ils ont suscités, Ari Aster a vu dans Beau is Afraid la meilleure façon d’évoluer en tant que réalisateur. «Ce film me ressemble plus que tout ce que j’ai pu faire auparavant. Il contient ma personnalité et ma vision de l’humour».
Le parcours de Beau ressemble à une odyssée, durant laquelle il plonge dans son passé pour essayer de comprendre toutes les tribulations et tous les tourments qui le séparent d’Ithaque, à la fois chef-lieu de l’état de New York où réside sa mère, et île natale d’Ulysse dans la mythologie d’Homère. Le film est discrètement construit en quatre parties plus deux séquences, l’une un flash-back sur une croisière qui cimentera la dynamique de la relation entre Beau et sa mère, et l’autre un dénouement pour le moins énigmatique. «Je voulais m’éloigner d’une structure traditionnelle», explique Ari Aster. «Je voulais éviter les trois actes et me rapprocher du rythme du roman, en adoptant une structure moins conventionnelle et davantage contre-intuitive». Ari Aster, en étroite collaboration avec son directeur de la photo Pawel Pogorzelski, a voulu que chaque partie soit une version décalée et amusante du monde contemporain, une odyssée à travers des univers et des paysages très variés. Lorsque Beau passe de la ville à la campagne, le film adopte les attributs picaresques d’un héros humble et naïf jeté dans un monde devenu fou, un peu à la manière d’un Don Quichotte.
Au début du film, Beau vit seul dans un appartement situé dans un quartier difficile. Il doit quotidiennement gérer les tensions d’une communauté ravagée par les addictions, le consumérisme, la violence et la folie. Après un accident, il se retrouve dans une banlieue cossue, où il devient le fils de remplacement d’un couple dont l’aîné est mort au combat, et dont la cadette est une adolescente partie en vrille. Durant un flash-back, Ari Aster présente l’incarnation juvénile de Beau, et installe le rapport complexe qui unit ce Beau anxieux et prépubère, à une mère surprotectrice. Ce duo est perturbé par l’irruption d’Elaine, une ado rebelle de 12 ans qui cherche, elle aussi, à échapper à l’emprise de sa propre mère. Les enfants deviennent proches, mais, alors qu’Elaine est déterminée à échapper au lien maternel, Beau ne le peut pas. Les deux enfants sont ensuite brutalement séparés. Dans sa course pour échapper à son passé comme à son présent, Beau entre dans la mystérieuse troisième partie du film, qui se déroule dans une forêt, où il rencontre une troupe de théâtre et assiste à la représentation d’une pièce qui prend des dimensions personnelles, psychologiques, voire historiques. «Il est sous hypnose, entre dans cette pièce de théâtre, et imagine ce qui aurait pu lui arriver s’il avait été un acteur plus actif de sa propre vie», explique Ari Aster. «Si Beau is Afraid parle d’une vie non vécue, dans cette séquence, Beau regarde un futur dans lequel il est capable de vivre une existence totalement différente».
J’ai toujours pensé qu’il était le plus grand acteur du monde
Une fois le script réécrit, Ari Aster a cherché qui pourrait incarner Beau Wasserman dans toute sa complexité, n’osant jamais imaginer que Joaquin Phoenix puisse être intéressé. L’acteur venait de remporter l’Oscar pour son interprétation du Joker et de signer pour incarner le Napoléon de Ridley Scott. Mais, à la grande surprise d’Ari Aster, Joaquin Phoenix tenait à jouer Beau. «J’ai toujours pensé qu’il était le plus grand acteur du monde» confie Ari Aster. «Maintenant, je sais qu’il est encore plus fort que ça. C’est la plus belle expérience que j’ai connu avec un acteur». Pour Ari Aster, c’est l’implication absolue de Joaquin Phoenix dans le rôle, sa façon de se jeter à corps perdu dans chaque scène, qui donne à son travail cette puissance. L’acteur a réalisé lui-même l’essentiel de ses cascades. C’est lui qui traverse la porte vitrée, qui tombe d’un grenier, qui reste des heures dans sa baignoire alors qu’un cascadeur est précairement calé au plafond. «Joaquin veut expérimenter dans sa chair tout ce que vit son personnage, chaque fois que c’est possible. Il n’a aucune vanité. Il plonge dans le rôle». Avant de travailler avec Joaquin Phoenix, Ari Aster avait l’habitude de mettre en place les scènes d’avance, de prévoir l’emplacement des acteurs et des caméras. «J’ai oublié cette façon de faire et je n’avais plus dans la tête qu’une seule image de comment la scène devrait être, afin de rester ouvert à tout ce que Joaquin pourrait proposer une fois sur place. Les scènes ont toujours été improvisées bien au-delà de ce que j’avais anticipé.» Ari Aster a choisi pour les autres rôles des acteurs venants de tous les horizons, notamment du théâtre, tels que Nathan Lane, Amy Ryan, Patti LuPone et Stephen McKinley Henderson. «Il fallait habiter tous ces mondes, et j’ai pu choisir des acteurs avec lesquels je rêvais de travailler depuis toujours», confie-t-il. «C’était fantastique de les voir jouer avec Joaquin, de regarder comment leurs méthodes s’accordaient, se fondaient ou bien s’opposaient avec le style de Joaquin. Mais comme lui est le contraire d’un égoïste, il apportait énormément à celui qu’il avait en face de lui».
C’est la troisième collaboration d’Ari Aster avec le directeur de la photo Pawel Pogorzelski, ils se connaissent depuis leurs études à l’American Film Institute. Autant les deux films précédents se déroulaient dans des univers confinés, autant celui-là s’aventure audacieusement dans le monde. C’est un voyage homérique qui traverse différents mondes, un film bien plus épique et complexe que ses précédents. «Ari a toujours une vision très claire du film qu’il veut faire, après, il ne reste plus qu’à choisir les optiques et les caméras», explique le directeur de la photo. «Midsommar me semblait déjà d’une ambition impossible, mais ce film-là va beaucoup plus loin. Il faut s’abandonner, s’ouvrir à ce qu’Ari a en tête. On y parvient en repoussant ensemble toutes les limites. Certains mouvements de caméra étaient d’énormes challenges, surtout quand il faut suivre un homme en mouvement, alors que tous les autres sont également en mouvements. On s’est longuement entraînés sur une aire de parking, afin de pouvoir beaucoup échouer et se tromper avant d’aller filmer. La maison faite de surfaces en verre était un autre défi, pour que personne de l’équipe et rien de notre matériel ne s’y reflète, sans parler de la lumière naturelle, changeante et imprévisible. Il y a eu aussi cette forêt filmée de nuit, en essayant de ne pas se laisser prendre par les feuillages touffus et abondants. Je pense qu’Ari a encore grandi en tant que metteur en scène. Il aborde chaque problème de façon très mathématique, il a une façon très précise de préparer et de chorégraphier. Ensuite, je n’ai plus qu’à suivre ses instructions. Vraiment, tout le mérite lui revient».
