Monde dans le monde. L’intrigue se situe en 1955 dans un désert du sud-ouest américain. Dans la ville fictive d’Asteroid City, célèbre pour son cratère de météorite et son observatoire astronomique, la convention Junior Stargazer rassemble élèves et parents de tout le pays autour d’un concours scientifique. L’événement se trouve perturbé par l’arrivée d’un visiteur totalement inconnu des radars andersoniens (et qui vient si l’on peut dire d’un autre monde): la ville se retrouve mise en quarantaine, et un confinement chez Wes Anderson, c’est littéralement une mise en boîte au carré, où cette esthétique bien connue du bocal à poisson rouge ne peut que s’épanouir.
Mise en abyme de la mise en abyme. Il y a maintenant deux ans, on faisait partie des rares personnes emballées par son French Dispatch. Et force est de constater qu’il y a quelque chose de comique à voir le cinéaste texan aligner les références-débit-mitraillette et les répliques fusantes façon screwball comedy. Asteroid City est fait du même bois que son prédécesseur: casting de mastodontes tellement imposant que certains acteurs en sont réduits à de la figuration (coucou Bonnard!), récit dédoublé par une mise en abyme ouvrant grand les coulisses de la création (la rédaction du journal angoumoisin laisse ici place à une troupe de théâtre), deuil difficile à digérer qui rabiboche à leurs dépens les membres d’une communauté éclatée (Tom Hanks reprend ici le flambeau du vieux rebut familial que jouait Gene Hackman dans La Famille Tenenbaum). Le film a été tièdement reçu au Festival de Cannes et on faisait pour une fois partie des mécontents, niaisement incapables de comprendre où la petite mécanique virtuose du bonhomme voulait nous mener. Sauf qu’avec le recul, on a vu dans cette agitation permanente qui structure le film en haillons (peut-être plus haché encore que French Dispatch, qui pouvait au moins s’appuyer sur un découpage en fragment) la passion fiévreuse qui a névrotiquement agité les États-Unis au moment de la guerre froide.
Le film s’ouvre d’ailleurs sur un train propulsé à toute berzingue, dont on découvre qu’il transporte des têtes nucléaires à manipuler « avec la plus grande précaution ». Plus tard, lors d’un moment où le film bascule dans quelque chose qui ressemble à de la panique, c’est la pointure scientifique qu’est Tilda Swinton qui proclame en dépit du bon sens qu’America remains at peace devant des enfants prodiges à qui on tente de faire croire qu’ils n’ont pas vu ce qu’ils ont vu. On comprend alors à quel point le petit métaverse andersonien sied à merveille à l’esthétique chromo faussement cajolante des fifties. Ce n’est pas un hasard si la nouvelle venue Scarlett Johansson joue ici un décalque parfait de Liz Taylor et de Marilyn Monroe, soit le vernis cliquant et glamour qu’on pose sur des névroses et des détraquements au bord de l’implosion. Peut-être faut-il voir et le revoir encore pour une analyse plus fine des éléments jusque-là peu vus dans les films du grand Wes (des moments de suspension sans parole, des gros plans presque leoniens, des armes à feu…). G.R.
21 juin 2023 en salle / 1h 46min / Comédie dramatiqueDe Wes Anderson Scn Wes Anderson Avec Jason Schwartzman, Scarlett Johansson, Tom Hanks |

21 juin 2023 en salle / 1h 46min / Comédie dramatique