[CRITIQUE] AFFAMÉS de Scott Cooper

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Si Scott Cooper a un plan de carrière, il lui réussit plutôt bien jusqu’à présent. Il s’est imposé comme un réalisateur compétent, à l’aise avec les acteurs (il a été acteur lui-même) et ouvert à tous les genres. Jusqu’ici, il a traité le drame musical (Crazy heart), le thriller working class (Les brasiers de la colère), le film de gangsters (Strictly criminal) et le western (Hostiles). Il n’est donc pas étonnant de le voir s’attaquer au fantastique avec Affamés, dont le contexte de décrépitude industrielle et humaine rappelle Les brasiers de la colère. Cette fois, le film s’inspire de la légende indienne du wendigo, une créature surnaturelle générée par les mauvaises actions des hommes, sur eux-mêmes et sur la nature. L’histoire commence avec Lucas Weaver (Jeremy T. Thomas), un gamin qui assiste à un événement inquiétant dans la mine désaffectée que son père utilise pour fabriquer de la méthamphétamine. A l’école, il est repéré par l’institutrice (Keri Russell) qui croit détecter des signes de possible maltraitance. Elle-même en a été victime, ce qui l’a incitée à quitter la région avant de revenir s’y installer avec son frère (Jesse Plemens), lequel s’est fait élire shérif, faute d’autres candidats. Il s’avère que le père de Lucas a été frappé par un wendigo, et il est en train de se transformer en bête à cornes dans sa maison où il est enfermé à sa demande, tandis que son fils bat la campagne pour lui apporter de la viande crue. Le wendigo serait la matérialisation de tous les maux qui ont frappé la région: l’industrialisation brutale, puis le chômage consécutif à la fermeture des mines, beaucoup d’habitants se réfugiant dans la drogue et l’alcoolisme, au détriment de leur descendance.

Tous les ingrédients sont en place pour un film fantastique contemporain, et Guillermo del Toro s’y est suffisamment intéressé pour le produire. Le début est assez impressionnant, et la photo charbonneuse de Florian Hoffmeister excelle à installer une ambiance adéquate. Mais l’effet est rapidement neutralisé par la logique industrielle qui exige d’allumer symboliquement tous les projecteurs pour éclairer les moindres recoins de l’histoire et les surligner de toutes les façons possibles, des fois que tout le monde n’aurait pas bien compris. Typiquement, on a droit à une de ces scènes qui devraient être interdites, une séquence de salle de classe où l’institutrice demande à ses élèves ce qu’est un mythe et à quoi il sert. Pour bien enfoncer le clou, Graham Greene est convoqué plus tard avec pour mission d’expliquer l’origine du wendigo dans la mythologie indienne. Incidemment, il n’est pas le seul bon acteur gâché. On est content de retrouver Amy Madigan, mais son rôle se réduit à celui dont le modèle est Martin Balsam dans Psychose. Depuis, c’est devenu un stéréotype, et lorsqu’elle arrive là où elle ne devrait pas entrer, on sait exactement ce qui va lui arriver. Par ailleurs, le film ne manque pas d’adresse, notamment dans sa façon de suggérer que le personnage de Kerri Russell a été alcoolique et qu’elle n’est pas à l’abri d’une rechute. Jesse Plemens est excellent comme d’habitude, dans un de ces rôles toujours difficiles et vaguement ingrats. En fin de compte, seul le temps départagera les qualités et les défauts du film. Il est solide et efficace, mais son parti-pris brutalement pédagogique est à prendre dans son sens étymologique: il s’adresse à des enfants. G.D.

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