Le feu, ça brûle. À la suite d’une pollution accrue de l’atmosphère, des pluies acides s’abattent sur la France. Acide signifiant ici chlorhydrique… Alors qu’elle tente d’échapper à la menace, une famille (Guigui Canet, Laëtitia Dosch et leur fille) sera durement éprouvée jusqu’à la fracture, et bientôt, l’errance.
L’eau, ça brûle aussi. Après La nuée, coup d’essai du réalisateur Just Philippot qui tentait de mêler effroi fantastique et réalisme agricole, on attendait avec impatience le second long métrage de ce cinéaste, promesse du cinéma de genre made in France. Clairement, il s’agit d’une continuité de son court métrage éponyme réalisé en 2018, fondé sur un concept environnemental et analysant ses répercussions directes sur une poignée de personnages, trimballés telles de malheureuses marionnettes.
Au début, le point de vue est résolument spectaculaire et donc fun, le premier tiers du film augurant les promesses d’un bon cinéma fantastique bien de chez nous, à la hauteur de ses ambitions, instillant un danger aux contours flous, abstraits – les premières séquences, jaunâtres, soupirent de sécheresse: les peaux suent, les plantes grillent, les fronts deviennent moites, tant de stress que de chaleur. Dès les premiers signes du désastre, Philippot ne craint pas d’être frontal, en particulier durant les séquences d’enjeux collectifs: inertie des files indiennes de voiture; brutalité de la masse grégaire apeurée; surnombre imprévu dans les espaces confinés, générateur d’accidents (et de trauma…); le tout, pendant que l’ambiance sonore sature au loin, évoquant un pneu fondu qui déraille. C’est vraiment accrocheur même si certains trouveront sans doute que le film introduit son sous-texte social de façon très démonstrative (mouvements évoquant celle des gilets jaunes, fin du monde vs fin du mois).
Là où le bât blesse, c’est la suite. Dans une colorimétrie alliant le gris, le jaune et le bleu nuit, le récit évolue selon l’errance des protagonistes, contraints d’avancer à tâtons, en y laissant quelques plumes (euphémisme), rendant palpable le sentiment d’un monde déliquescent. L’imagerie impressionne, détonne façon combustion lente. Mais aussi fun et décomplexée que soit la menace, les coutures craquent. La nature de la menace oblige un peu trop le spectateur à gravement suspendre son incrédulité: certains lieux échappent miraculeusement à l’acidité, un orage poursuit les personnages tel un prédateur et au final, le film tombe comme ses personnages dans un cul-de-sac, les pieds dans la gadoue et la débâcle. Il accuse par ailleurs d’un gros problème de rythme et se dirige vers une résolution aussi prévisible que décevante. Dommage donc qu’après un si bon départ (les travellings dynamiques de la première moitié cédant la place à une lente oxydation finale), le film perde de son intensité et retombe comme un soufflé. M.S.
20 septembre 2023 en salle / 1h 30min / Fantastique, DrameDe Just Philippot Scn Just Philippot, Yacine Badday Avec Guillaume Canet, Laetitia Dosch, Patience Munchenbach |

20 septembre 2023 en salle / 1h 30min / Fantastique, Drame