[BLOODBATH] Silvio Narizzano, 1975

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Un réalisateur avec un nom italien, en réalité anglo-canadien, qui tourne un film en Espagne avec des stars hollywoodiennes? N’en jetez plus, on ne comprend déjà rien. Film maudit/interdit par excellence, tant pour sa qualité vacillante que pour son rejet de la bienséance, Bloodbath (titre-UN-PEU-mensonger-mais-pas-trop) est également connu sous d’autres titres non moins foklo comme Las flores del vicio aka The Sky is falling – à croire que personne ne savait ce qu’il détenait entre les mains. Et on les comprend.

Pour les plus curieux, la chose ressemble parfois à s’y méprendre à Island of Death, réalisé un an plus tard (Nico Mastorakis, 1976), très fameuse série Z tournée en Grèce qui enchaînait le pire du pire sur fond de déambulation touristique, avec la même volonté ferme d’attaquer le soleil… Ici, plusieurs visages américains se perdent dans une Andalousie où les murs de chaux blancs dansent encore avec les traditions: il y a Dennis Hopper en artiste héroïnomane (étonnant, non?), Caroll Barker (la «BabyDoll» d’Elia Kazan) en Jacqueline à froufrou qui crie quand on ne la regarde pas, un couple vieillissant où monsieur, ancien militaire, ne pense qu’à boire et à tringler, et même une Zaza zinzin de service regardant les éphèbes de passage d’un œil concupiscent. Arrive alors une bande de jeunes gens beaux et troublants (un colosse muet, une lolita en salopette, un étalon, une blonde virginale…) qui vont mettre tous ces idiots sens dessus dessous. Pendant ce temps, lorsque la fête ne bat pas son plein, on retrouve un corps éviscéré au milieu des cochons et un cadavre d’enfant qui flotte dans une fontaine. Pour leurs envies de gloire et de stupre, tous seront punis de la manière la plus sordide qui soit (le personnage gay – époque oblige – connaîtra le sort le plus atroce de tous… alors que le comédien était à la ville le compagnon du réalisateur!).

Appel à l’anti-tourisme le plus radical, leçon de morale déglingos ou simple prétexte pour nous parler d’une promenade avec l’amour et la mort? Nous n’en avons pas une foutue idée. En l’état, le regard tordu sur le monde villageois (un gamin se fait piétiner à mort par la foule en liesse sous le regard d’une jeune fille attardée manifestement ravie) prolonge le geste misanthrope et odieux, avec un mélange d’horreur mondo-esque et de camp incontrôlable (Barker, noyée dans ses froufrous et bientôt noyée tout court, est engloutie par le gouffre aux chimères et attend des appels, accrochée à son téléphone rouge). Imaginez donc un instant le Luis Buñuel de Terre Sans Pain revu par le Russ Meyer de Beyond the valley of Dolls: Bloodbath, c’est totalement ça. J.M.

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