En 1974, au cœur de la révolution culturelle chinoise, un garçon de 11 ans observe le monde des adultes et n’y comprend pas grand-chose. La rencontre avec un meurtrier en fuite le pousse au secret et au mensonge. Cette confrontation signera la perte de son innocence.
Wang Xiaoshuai avait marqué les esprits avec ses premiers longs métrages (Beijing Bicycle et Shanghai Dreams) dans lesquels il se révélait soucieux d’enregistrer une réalité contemporaine en adoptant des partis pris formels aux antipodes de l’esthétisation outrancière des cinéastes de la «cinquième génération». Dans 11 Fleurs, il continue de sonder les bouleversements socio-politiques de son pays en évoquant le destin de personnages ordinaires dans les années 70, en premier lieu un enfant qui va perdre son innocence. Cette manière de raconter la révolution culturelle de manière extrêmement personnelle tient bien entendu de l’autobiographie et les thèmes (le refus de l’autorité, l’opposition entre art et répression) tendent à rapprocher ce 11 Fleurs de Shanghai Dreams. Une fois de plus, l’exigence esthétique correspond à une vision politique plutôt subtile mais Wang Xiaoshuai qui espère encore réinventer les figures du néoréalisme, semble avoir perdu de sa fougue et de son inventivité : le sens du décalage, jusque dans le recours au symbolique (la chemise tachée de sang), est plus prévisible, les acteurs moins dirigés et le traitement manque de spontanéité. A l’arrivée, un film respectueux, mais si respectable qu’il en devient insignifiant. C’est mieux que son Chongqing Blues, présenté à Cannes en 2010 et toujours inédit, mais guère suffisant pour provoquer une adhésion totale.

