Près de dix ans après le dernier épisode de « Rocky » au cinéma, présenté comme un épilogue, le jeune réalisateur Ryan Coogler, qui croit fort en ce qui l’anime, offre une seconde vie au célèbre boxeur avec « Creed: l’héritage de Rocky Balboa », en salles mercredi, déclinaison de l’univers inventé par Sylvester Stallone.
Adonis Johnson (Michael B. Jordan, parfait) n’a jamais connu son célèbre père, mort avant sa naissance. Mais la boxe coule dans ses veines et Adonis se rend à Philadelphie, la ville où Apollo Creed a affronté Rocky Balboa dans un match légendaire. Il retrouve Rocky (Sly) et lui demande de devenir son entraîneur. Malgré son insistance sur le fait qu’il est pour de bon à la retraite, Rocky retrouve en Adonis la force et la détermination d’Apollo. Il accepte de le prendre sous son aile et de l’entraîner, même si l’ancien champion se bat contre un ennemi bien plus mortel que ceux qu’il a croisés sur le ring. Avec Rocky derrière lui, Adonis a rapidement l’opportunité de remporter son premier titre… Mais pourra-t-il devenir un vrai combattant à temps, avant de monter sur le ring ?
Acteur et scénariste des six volets de la saga, réalisateur de quatre d’entre eux, Sylvester Stallone ne voulait pas d’un nouveau Rocky. Lorsqu’un jeune réalisateur de 25 ans qui n’avait encore dirigé aucun long métrage lui a proposé de tourner lui-même un nouvel épisode, Sly a refusé tout net, jugeant que cela avait été un tel combat de faire le dernier (Rocky Balboa, 2006) qu’il n’avait pas envie de réactiver l’esprit pour de mauvaises raisons. Il fallait la persévérance du cinéaste Ryan Coogler, impulsif comme Spike Lee à ses débuts, pour convaincre le vétéran.
Entre-temps, Coogler a signé Fruitvale Station, drame repéré dans divers festivals racontant comment le 1er janvier 2009 au matin, un jeune black de 22 ans se fait abattre par des agents de police dans la station de métro Fruitvale à San Francisco. Le résultat est aussi maladroit que touchant, mais son succès lui a ouvert des portes. Et comprenant qu’ils avaient affaire à un fanboy farouchement déterminé à réaliser son rêve de gosse, le producteur historique de Rocky, Irwin Winkler, et Sylvester Stallone ont fini par céder. A raison. Capable de vélocité, de sens du placement et d’esquive, Coogler s’avère adéquat pour revitaliser une fresque qui, plus d’une fois en trente ans (entre Rocky et Rocky Balboa), s’est essoufflée. En d’autres termes, si Creed marche, c’est parce que tout le monde y croit.
Creed: l’héritage de Rocky Balboa n’est pas Rocky. C’est un spinoff, une déclinaison autour d’un personnage familier à cet univers. Pour la première fois, le célèbre boxeur de cinéma n’est pas le protagoniste. Coogler a confié ce rôle précieux à Michael B. Jordan, qui joue Adonis Johnson, le fils de feu Apollo Creed, adversaire et ami de Rocky Balboa dans les quatre premiers volets. Déjà premier rôle dans Fruitvale Station, cet acteur de 28 ans a été révélé, à 15 ans seulement, dans la série The Wire, et il est très bien.
Sorti fin novembre aux Etats-Unis, Creed a récemment franchi la barre des 100 millions de dollars de recettes, seuil plus atteint par la franchise Rocky depuis Rocky IV en 1985. Les amateurs ne seront pas dépaysés. L’univers reste celui de Rocky: un film de boxe s’achevant par une longue préparation et un combat, avec de beaux plans-séquences pugilistiques. Ainsi, l’énergie insufflée par Ryan Coogler qui joue avec les codes de la série, sans les transgresser, comme un couturier qui réinterprète les classiques de sa maison, est similaire à celle du premier Rocky, avec un sens de l’urgence qui s’était évanoui au fil des suites.
Dans un second rôle quasi fantômatique, Sylvester Stallone reprend le mélange d’humilité, de distance et d’humour déjà à l’oeuvre dans Rocky Balboa. C’est non seulement un passage de relais, avec tout ce que cela implique symboliquement, mais surtout le début d’une nouvelle série. Avec des implications historiques et personnelles qui dépassent son simple cadre de « film », Creed correspond pour les fans de Stallone/Rocky comme l’équivalent de Gran Torino pour les fans de Eastwood/Inspecteur Harry. Ce n’est pas rien.
Creed, en salles le 13 janvier 2015

