Captifs : Interview Yann Gozlan

Captifs, film de genre made in France, marque la première tentative de Yann Gozlan, cinéaste toqué de Georges Franju et Roman Polanski. Forcément « autre ».

Dans le dossier de presse, tu cites Le Locataire, de Roman Polanski (1976) comme d’un traumatisme. Dans quelle mesure ce film t’a influencé pour Captifs?
Dans Captifs, il n’y a pas vraiment de scène faisant référence au Locataire. En revanche, le cinéma de Roman Polanski m’a beaucoup marqué, adolescent. Quand à cette période, tu découvres des films très forts comme celui-ci, ils te marquent à vie. Ce que j’aime chez ce cinéaste, c’est sa capacité à impliquer le spectateur dans le récit pour qu’il soit projeté dans son ambiance de manière immersive. J’ai vécu cette même sensation en découvrant Répulsion. Aujourd’hui, Polanski le critique techniquement. Malgré ça, je trouve que son atmosphère n’a pas vieilli et ce sont justement ses défauts qui font paradoxalement sa richesse. Ça annonce presque tout un pan de cinéma fantastique à venir, en particulier le cinéma de David Lynch.

Quelles sont tes influences ?
Au cinéma, l’ambiance est primordiale. Pour Captifs, j’avais en référence des classiques comme Les yeux sans visage (Georges Franju, 1959) pour le côté solennel et presque hypnotique. Il n’y a jamais de surenchère visuelle parce que Franju arrive à provoquer par la qualité de ses cadres, la beauté de sa mise en scène et l’utilisation de la voix, un résultat envoûtant. En France, à l’époque de la Nouvelle Vague, c’était un électron libre. Avec le recul, je me rends compte que c’est ce film-là qui m’a le plus inspiré : le médecin, le chenil, l’aspect médical, le coup des yeux. Plus j’y repense, plus c’est évident.

Comment as-tu déterminé le choix de Zoe Félix, effectivement adéquate et athlétique pour être l’héroïne d’un survival ?
Il se trouve que les trois acteurs que j’avais en tête pendant l’écriture se retrouvent dans Captifs. J’avais remarqué Zoe Felix dans Déjà Mort, d’Olivier Dahan (1997). Un film hyper-noir avec un jeune réalisateur plein d’énergie qui avait besoin de raconter une histoire tripale, ce qui était très nouveau dans le paysage français. Là-dedans, elle ne jouait pas, elle était d’un naturel confondant. J’aimais bien ce côté athlétique pour supporter un film physique et rendre l’action crédible. Je la trouvais belle et fébrile dans la difficulté. D’ailleurs, je lui ai montré Les yeux sans visage pour l’atmosphère, la scène de l’opération, et puis la dimension théâtrale des intonations, les voix blanches des acteurs…

A quel moment, dans l’écriture, est venu le contexte du trafic d’organes?
Je ne voulais pas d’une violence excessive. Je voulais que le spectateur soit tenu en haleine. Je voulais raconter une histoire de la manière la plus simple possible dans un cadre intéressant et je suis parti d’antagonismes : je trouvais que le trafic d’organes était intéressant à exploiter – les kidnappeurs étant des ferrailleurs qui démontent des bagnoles et j’aimais bien l’idée des mecs qui démontent des voitures pour revendre des pièces détachées et qu’ils fassent la même démarche sur des corps humains.

Quelles ont été les difficultés pendant le tournage ?
J’avais très peu de temps et je n’avais pas non plus un matériau d’une richesse folle. Je ne faisais pas du « tourner/monter » mais j’ai essayé de préparer au maximum le découpage. Ce sont les producteurs qui sont venus me voir à cause des courts métrages que j’avais réalisés et qui tenaient plus du thriller psychologique ayant un lien étroit avec le genre. L’un d’entre eux, Echo, a été primé au festival de Gérardmer, en 2007. Ils l’avaient aimé et du coup ils m’avaient proposé d’écrire un film de genre, d’autant que c’était à la mode avec Haute Tension. J’ai toujours aimé la peur et la tension au cinéma ; donc, faire un film dans cette veine-là, ça me paraissait couler de source. Et puis, en tant que débutant, je trouvais ça sain d’avoir des contraintes. Quand tu fais un film d’épouvante, tu es obligé de te poser des questions essentielles de pure mise en scène, sur le hors-champ, le point de vue, le suspense… Deux ans ont été consacrés à l’écriture, au financement, aux rencontres.

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