[Cannes 2023] Quentin Tarantino à la Quinzaine, le Chaos y était

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Ce jeudi, le cinéaste Quentin Tarantino est venu donner une masterclass et présenter un film qui lui est cher à la Quinzaine des cinéastes. C’était l’un des événements du 76e Festival de Cannes et le Chaos y était. On vous raconte tout.

« You guys are the best audience in the world »: si cette phrase, Quentin Tarantino a dû la prononcer a bunch of times, on l’a reçue comme un hommage tout personnel après la projection du film surprise de maître QT (Rolling Thunder de John Flynn, phare de sa cinéphilie en même temps qu’objet culte longtemps oublié des radars avant que le cinéaste n’en mentionne le nom à chaque soirée – ou plutôt chaque réunion geek – où il se pointait dans les années 80). La copie était évidemment en 35 mm (laissons le format 70 mm aux snobs parisiens de L’Arlequin!) et King Quentin avait enjoint au préalable la salle de « sit back, relax, watch the film and feel free to be a little unfrench at a couple of sections… If your blood gets up, let it get up! If you wanna shout, go ahead and shout! If you want to scream during shotgun blast, scream during shotgun blast!” Avant de placer cet après-midi sous l’égide de l’esprit Grindhouse, tel un évêque bénissant ses reliques devant un parterre de dévots à la limite de l’évanouissement stendhalien.

Avant de nous faire confisquer nos portables par des gorilles avec lesquels il vaut mieux ne pas tenter la moindre blague – toute l’astuce consistant à trouver de discrets stratagèmes de captation pour ne pas se faire déboîter l’épaule avant notre retour à Paris samedi – voici ce qu’on a pu noter du discours de QT sur ce film surprise donc (la traduction est d’Allociné, on s’est octroyé le droit d’un plagiat): « Cet après-midi, nous allons voir, en 35 mm, Légitime Violence de John Flynn! Juste pour le remettre en perspective, je l’ai vu le soir de sa sortie à Los Angeles, en 1977. Je l’ai vu avec ma mère et son mari de l’époque (…), mais ce n’est pas parce qu’on avait hâte de le voir, c’est parce qu’il passait en double séance avec Opération dragon [film de Bruce Lee, ndlr] (…) Il est passé le premier, mais on me l’avait déjà tellement raconté à l’école, que j’avais l’impression de l’avoir déjà vu. Mais quand les lumières se sont éteintes et que le projecteur a lancé la copie 35 MM [de Légitime Violence], j’ai oublié tout d’Opération dragon. Et c’est pour ça que [je passe ce film] aujourd’hui. »

La suite de la masterclass – dont vous retrouverez probablement les images sur le site de la Quinzaine – a bifurqué autour du livre Cinema Speculation, un peu comme lors de cette rencontre au Grand Rex où s’était pressée il y a peu une foule d’anonymes sans le sou (77 euros la séance, si nos souvenirs sont bons) et une cohorte d’influenceurs de tout poil tout heureux de s’enfiler des bulles juste après. La glauquerie et la sécheresse ultimes du film de John Flynn, qu’on n’avait plus vu depuis 10 ans, nous a sauté au visage (de quoi faire passer Taxi Driver, écrit par le même Schrader, pour un bonbon pop acidulé en comparaison): « un film fasciste », comme l’estime Schrader, probablement. Mais c’est le plus génial de tous les films fascistes!!!” a répété le Quentin avec son enthousiasme habituel. Menée par Julien Rejl (on veut la même chemise que toi, Julien!), la suite de la rencontre a tourné autour de l’axiome « le cinéma, une affaire de morale » donnant l’occasion à QT de détailler certaines entrées de son livre (son amour immodéré pour la caméra dynamique et l’aspect satire du cinéma de Brian de Palma, son inconfort devant les scènes de violence animale – le cinéma, c’est du spectacle, ce n’est pas dépecer des tortues comme dans ces vilains mondo italiens – et cette étrange confession sur le film-totem de ses ainés parrains du Nouvel Hollywood: « Longtemps, je n’ai pas aimé La Prisonnière du désert« , a-t-il lâché avec un accent tenesso-proustien).

Avant de quitter la salle, la rock star a également évoqué son processus de réécriture de l’histoire, qui parfume quasiment tous les films de sa deuxième partie de carrière: l’idée d’éliminer Hitler dans Inglorious Basterds lui est venue sans préméditation un soir à sa table, alors que la vengeance de Sharon Tate – et la mise à sac du clan Manson! était bien l’objet premier de Once upon a time in… Hollywood. C’était beau, c’était chaos, et Quentin s’est même payé le luxe de piquer une tête à la soirée de la Quinzaine, avant de disparaître avant que ça ne commence vraiment, encerclé par ses gorilles. G.R.

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