Moins connu que Kids, mais tout aussi dérangeant, Bully de Larry Clark a conservé une vraie puissance des années après sa sortie. Sa résurrection en Blu-ray est l’occasion de reconsidérer le cinéma de cet auteur, porté disparu dans nos salles françaises depuis The Smell of Us (2014) – son Marfa Girl 2 (2018) demeurant inédit.
Dans notre parcours de cinéphile, on se remémore de Bully (découvert au cinéma à sa sortie en 2001) comme d’un terrible film «fin de siècle». D’un cauchemar d’une nuit, qu’on a préféré oublier, enfouie dans une amnésie collective, là où l’on range tous les films réellement dérangeants. D’une ambiguïté réelle qui pouvait par ailleurs mettre mal à l’aise par ce simple constat de spectateur: ces gens qui se veulent ultra-cool sont en réalité la plus pure incarnation du mal.
Avant cet éclair de violence atroce vers lequel le film converge inéluctablement, il s’agit pour Clark d’opérer une plongée dans l’Amérique blanche des middle class totalement déboussolée, celle révélée dans son Kids (1995) et avant son Ken Park, réalisé un an après Bully. Plus précisément, celle des slackers, ces ados blancs appartenant à la bourgeoisie américaine moyenne, mais se comportant comme des voyous de la rue. Et de, surtout, ne rien éluder. De regarder en face des «phénomènes de société» auxquels personne ne veut se frotter. Clark y va, à fond. Il faut dire que le scénario de Bully s’inspire d’un fait divers, qui s’est déroulé le 14 juillet 1993 dans la moiteur tropicale d’un été en Floride. Une histoire de vengeance sordide où des kids ont lardé de coups de couteau un dénommé Bobby qui, bien que se prétendant l’ami d’un certain Marty, faisait subir à ce dernier une soumission quotidienne et publique. Une mort sauvage à la victime et la prison à vie, ou la chaise électrique, à la demi-douzaine de coupables complices d’homicide volontaire avec préméditation.
Revoir le film fait replonger dans cette nuit de terreur. Et reproduit la gueule de bois. Alors, au lieu de raviver la douleur d’une jeunesse dorée en ruines, on se contentera de dire que ça fait tout drôle de revoir ce jeune casting du milieu «indé» à Hollywood: le regretté Brad Rendro, Nick Stahl, Rachel Miner, Michael Pitt, Bijou Phillips, fille d’un Mamas & Papas. Génération perdue. T.A.
N°64 de la collection Make My Day ! signée Jean-Baptiste ThoretBoîtier Digipack + fourreau Contient : le Blu-ray du film en version non-censurée (113’) le DVD du film Préfaces de Jean-Baptiste Thoret « Bully » revu par Stéphane Du Mesnildot (40’) « Bully Behind the scenes » (58’) |

N°64 de la collection Make My Day ! signée Jean-Baptiste Thoret