La vie n’est pas un long fleuve tranquille. À 12 ans, Bailey vit avec son frère Hunter et son père Bug, qui les élève seul dans un squat au nord du Kent. Bug n’a pas beaucoup de temps à leur consacrer et Bailey, qui approche de la puberté, cherche de l’attention et de l’aventure ailleurs.
Parfait pour commencer 2025! Du dernier long métrage d’Andrea Arnold, on ne peut déjà que louer le modèle de production, absolument raccord avec le propos du film. Autour du coming of age d’une jeune adolescente, Bailey, s’émancipant du squat qu’elle occupe dans une banlieue anglaise avec son très jeune père, Arnold a monté un projet hautement collaboratif, ancrant son tournage dans une communauté locale et soutenant l’idée d’une mise à égalité dans la production du film. Dans son générique même, le nom des personnes ayant collaboré au film apparaît sous la forme d’une longue liste, ne connaissant pour seule forme de hiérarchie que l’ordre alphabétique des prénoms. Olivier Père mis au même niveau qu’un Owen du fin fond du Kent, voilà la belle idée d’Arnold pour un cinéma plus démocratique. Si cette approche au plus près de la matière filmée et de celles et ceux qui la composent n’a rien d’étonnant de la part d’une autrice dont l’on connaît l’affinité avec le documentaire, c’est la forme même du film qui embrasse ici cette volonté, en témoigne les nombreux rushs tournés à l’iPhone par la comédienne principale du film (Nikiya Adams) et présents dans le montage final.
Armée de la caméra de son smartphone qu’elle érige comme une membrane entre elle et le monde, Bailey grandit par la mise en image – et en imaginaire – de son quotidien. C’est que sur les abords de cette périphérie urbaine du Kent viennent s’échouer les reflux du folklore anglo-saxon et de ses animaux magiques. Ici, un crapaud auquel il faut chanter Yellow de Coldplay pour qu’il daigne baver un liquide hallucinogène de haute valeur, là, Bird, un personnage haut en couleur au croisement du faune et de l’oiseau. C’est bien cette dernière image, et celle des mouettes en particulier, qui hante le plus la caméra de Bailey: un signe de liberté, bien sûr, mais aussi d’une inquiétude face un envol que ce monde brutal la somme de prendre, alors que ses ailes manquent encore de plumage. La mise en scène d’Arnold travaille la question de la frontière, entre banlieue périurbaine et nature, barre d’immeuble et ciel, réel et fantastique, mais se perd peut-être dans un enrobage finalement assez éloigné du cinéma ludique et fait-main qu’elle semble prôner. Ajoutant cela à une écriture au rythme assez inégal, Arnold se retrouve avec un film intéressant et attachant, mais qui risque de résonner malheureusement plus chez les festivaliers cinéphiles sensibles au 16mm que chez les autres. Dommage, car l’esprit démocratique du film en prend un coup dans l’aile…
1 janvier 2025 en salle | 1h 58min | DrameDe Andrea Arnold | Par Andrea Arnold Avec Barry Keoghan, Franz Rogowski, Nykiya Adams |

1 janvier 2025 en salle | 1h 58min | Drame