Entre exaltation, frustration, épuisement, stupeurs et tremblements, la pêche aux clips est toujours une affaire délicate, qui demande à en laisser beaucoup sur le carreau. Mais on trouve, comme toujours, de sacrés moments chaos allant des pointures du moment aux petites voix indé. Et as usual, retenez bien certains noms de clippeurs et de clippeuses, on ne doute pas que certain(e)s vont continuer à marquer les esprits…
1. Generator – Justice (réalisé par Léa Ceheivi)
Depuis le très décrié et marquant Stress, et ce, malgré une célébrité grandissante, Justice semblait avoir mis la pédale douce côté clips. Alors que tout le monde se demande si on pourra baiser demain avec des robots (manque de bol, l’IA semble plus préoccupée par nos portefeuilles que nos entrejambes!), on se pose moins de questions sur la potentielle vie sexuelle des androïdes. Prolongation d’une réponse déjà illustrée par Björk dans son cultissime All is full of love, ce Generator pousse le bouchon encore plus loin avec son couple de cyborgs horny, se permettant des fx organiques (à la lisière du body horror) impressionnants tout y allant franco dans une représentation d’une sexualité androgyne et décomplexée, quelque part entre le porno chic et la brutalité d’un Smack my bitch up. Sous le silicone, les circuits s’enflamment.
2. Eusexua – FKA Twigs (réalisé par Jordan Hemingway)
Tahlia a bien eu raison de laisser ses projets mûrir à point: cinq ans après Madgalene, elle se lance dans une nouvelle ère hyper sexuelle et futuriste. Era dont l’entrée en matière sera le long et beau clip de Eusexua où la chanteuse, corsetée dans son petit tailleur, arrive en catastrophe dans l’open-space avant de laisser divaguer son imagination fertile et sulfureuse. Les chorés d’une beauté à se fracasser rencontrent le meilleur des clips bizarroïdes d’eurodance des années 90 et d’une Madonna période Bedtime Stories / Ray of light. On pourrait dire bien sûr la même chose du second opus, Perfect Strangers, traversé de beaux guests et habité d’iconographie BDSM, mais l’ambition de Eusexua et sa place dans le temps lui brûlent la priorité.
3. Ocean – Else (réalisé par Mohamed Chabane & Théo Jourdain)
Deux ptits mecs malingres fuyant de l’école pour parcourir des zones industrielles à se tirer une balle, refaisant le monde tout en sniffant de la colle dans une décharge… ça pourrait être du Ken Loach à un détail près: les deux protagonistes ont des branchies. Ce qui amènera à un final dingo aux images apocalyptiques. S’il fallait encore une preuve que le clip pouvait raconter d’épatantes histoires en à peine quelques minutes… Et contrairement à ce que laisse penser le clip, c’est bel et bien français!
4. Treat each other right – Jamie XX (réalisé par Rosie Marks)
À quoi ressemblerait une fête chaos? À ce clip, probablement! Tendresse et violence pour tous les corps, tous les âges, tous les genres. Ambiance déglinguée entre lupanar moderne et Le Macumba au bout de l’autoroute A6. Le mélange de kitsch et de non-sens (le cocktail préparé dans la cuvette des chiottes, la robe champagne!) rappelle ce que les années 80 faisaient de plus déluré, jusque dans ce vivre ensemble qu’on croyait disparu. Ça se mange sans fin.
5. Onions – Cult (réalisé par Alice Fassi)
Darling rentre à la maison préparer le souper de son zombie de mari, tellement affamé qu’il s’auto-grignote déjà dans le salon. Un petit délire rétro-gore cracra bien exécuté, assumant sa nature camp et bizarre d’un bout à l’autre, constellé de détails à la fois désopilants et dérangeants. Très réussi.
6. Taste – Sabrina Carpenter (réalisé par Dave Meyers)
Très vite canonisée icône pop malgré des allures de baby doll pas des plus engageantes, la Sabrina a enflammé vite le net avec ce mash-up de références camp à tout-va, où Kill Bill voisine outrageusement avec La mort vous va si bien. Accompagné de Jenna Ortega avec qui elle s’offre un petit moment de «bisexual chic», la chanteuse, pas au point de révolutionner le genre, s’amuse avec son image dans le gore et la bonne bonheur. Et on n’ira pas se plaindre.
7. Entre las Piernas – Elsa y Elmar (réalisé par Frederick Venet)
Pour évoquer toute une sphère de complexes alimentée par les réseaux sociaux et le regard des autres, cette chanteuse pop colombienne est partie chercher les services d’un super animateur/dessinateur bien de chez nous. Et ça valait le coup! Les multiples visions psychédéliques, coulantes et charnelles évoquent autant René Laloux que Suzan Aspargus Pitt ou Charles Burns.
8. Call Me – Eloi (réalisé par Alexis Langlois)
Dans Desperate Living, la butch poisseuse incarnée par Susan Lowe évoque son passé de catcheuse dans un court et brutal flash-back. Quand on connaît les obsessions de la Langlois, on se doute que l’envie d’en offrir une version plus longue ne traînait pas loin. Troquant le rose aveuglant contre un bleu shiny, un combat de catch féminin perdu au milieu d’une virilité dégénérée, se teinte de désirs réprimés et de coups dans le pif. Des cartons pailletés au marteau géant, tout y est très bricolé, très cartoon et très camp. Bref, tout ce que peut attendre de Queen Alexis.
9. Heat – Tove Lo & SG Lewis (réalisé par David Wilson)
Assez drôle de voir des artistes (généralement queer friendly, quand ils ne le sont pas eux-mêmes) péter un boulon et de s’offrir un bon clip horny en mode «allez, tous ensemble!». Entre la boîte de nuit, le runway et la backroom, Tove Lo (qui truste très souvent le top ces dernières années) chante dans une bite et laisse se déchaîner les créatures de la nuit. Un clip qui aime tous les corps, toutes les sexualités et qui n’est pas du genre à faire semblant (qui aurait cru voir un rim job dans un clip sur YouTube en 2024?). Clairement, ça chauffe.
10. ex æquo Opera Disco – UHL (réalisé par Evan Wiley & Isabella Uhl)
Drive Away Dolls, Les reines du drame, Love Lies Bleeding… 2024 était-elle l’année des lesbiennes énervées et trashy? Un peu dans le clip aussi avec ce petit néo-polar punchy où le marlou vedette est incarnée par une butch au visage tuméfié, vengeant la mort de sa strip-teaseuse adorée. Certes, le drag king côté pop, ce n’est pas nouveau, mais ça fait toujours plaisir à voir.
10. ex æquo Always Forever – Romy (réalisé par Charlotte Wells)
Deux danseuses et une chanteuse dans son coin. Et des miroirs. Beaucoup. Le dispositif est très simple, mais d’une efficacité totale. La petite touche de la réalisatrice de Aftersun fait aussi son effet: c’est tourné en 35 et la chanson qui l’accompagne, une vraie/fausse reprise de I love you always forever de Donna Lewis, est un bop absolu. Less is more, tout ça…



