À 18 ans, Wellington sort d’un centre de détention pour mineurs et découvre que sa famille l’a abandonné. On ne connaîtra jamais le motif de sa condamnation, mais son exclusion sociale est immédiate. Il erre dans la ville jusqu’à croiser Ronaldo, prostitué quadragénaire qui l’initie aux règles du travail du sexe et le surnomme « Baby ». Leur relation oscille entre attraction et domination, affection et danger. Très vite, ce surnom devient autant une marque d’affection qu’un symbole de possession. Mentor, amant, figure paternelle, Ronaldo incarne à la fois le refuge et la prison.
Marcelo Caetano, ancien collaborateur de Kleber Mendonça Filho (Bacurau, Aquarius), poursuit son exploration des marges brésiliennes avec ce film à la croisée du réalisme social et du mélodrame queer. Après Corpo Elétrico (2017), il s’associe à Gabriel Domingues au scénario pour éviter tout misérabilisme ou film à thèse, construisant un récit initiatique qui capte la vitalité sociale des rues de São Paulo à travers les yeux d’un jeune homme confronté au monde adulte. L’errance de Baby dans les bas-fonds prend alors une dimension initiatique troublante. Entre la pénombre des cinémas pornos, la pulsation des nuits brésiliennes et l’oppression des trafiquants, le personnage de Baby tente de trouver sa place. La mise en scène épouse la vitalité des corps, n’élude rien des étreintes ni du désir, tout en étant traversée par l’urgence de la survie. À travers lui, se dessine effectivement une peinture vibrante du Brésil des marges, tourné avec une caméra nerveuse et organique, adoptant parfois un style semi-documentaire, caméra cachée si nécessaire, pour saisir l’énergie brute de la ville.
En plein Brésil de l’ère Bolsonaro, où les identités queer doivent sans cesse lutter pour exister, le film trouve une résonance politique forte, sans jamais sacrifier la justesse de ses personnages à un discours militant. L’autre bon point, c’est de proposer une lecture sans le moindre jugement sur ce qui se passe, laissant au spectateur le soin d’interpréter les rapports de force à l’œuvre. Certes, c’est encore trop fragile pour susciter une adhésion totale (quelques facilités d’écriture, une séquence club peu inspirée), mais le film, justement sélectionné à la Semaine de la critique au Festival de Cannes en 2024, est totalement porté par son incarnation et l’intensité brute de ses deux acteurs (João Pedro Mariano et Ricardo Teodoro) qui y vont à fond. Leur alchimie rend palpable cette relation trouble, entre désir et aliénation. Rien que pour ça, respect.
19 mars 2025 | Drame, RomanceDe Marcelo Caetano Avec João Pedro Mariano, Ricardo Teodoro, Bruna Linzmeyer |

19 mars 2025 | Drame, Romance