« American Horror Story: NYC »: stop in the name of love!

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Ryan Murphy est en plein rush netflixien et assure moyen la promo de la nouvelle saison de American Horror Story (AHS: NYC): on flaire, pour être franc, un certain sens de la dissimulation avec un côté « ah oui au fait j’ai fait ça ». Pitch prometteur pourtant: un serial-killer vient terroriser la communauté LGBT new-yorkaise à la fin des 70’s (ah ben tiens, ça va nous changer de Dahmer, ça). On zappe les clips teasers anachroniques (on se croirait au début des années 2000) et on attend la chose: deux épisodes par semaine, dix segments. Clairement, on a jeté le bébé dans les orties. Mais on s’accroche: se déroulant en 81 et non dans les années 70, ce nouvel opus de la saga infernale de la Murphy est une embrassade à peine dissimulée au Cruising de Friedkin, reprenant alors scènes (le punisher en jockstrap), éclairages et imagerie du film cuculte sans complexe. Prévisible, mais on ne boude pas. La photo ouatée, halmitonnienne dira-t-on, fait de l’œil à Carrie ou à Dressed to Kill (dont un épisode reprend la scène de la douche, of couuuuuurse), et selon l’humeur, flatte la rétine ou abîme la cornée. Côté casting, les grands habitué(e)s ont décampé: restent Patty Lupone, royale, qui chante dans un sauna, ou Leslie Grossman, ici cantonnée dans un rôle bien ennuyeux. Murphy s’en allant jouer plus loin (avec 30 séries par semaine, tu m’étonnes), la démesure camp s’évapore, ne laissant que des archétypes convenus et une certaine absence de folie. Même l’impérial Denis O’Hare nous refait son sempiternel numéro de dandy sassy sans conviction aucune. Sentimental, ça fait mal…

Les premiers épisodes font d’abord le job, démarrant sur les roues d’un whodunit au pays du poppers: un couple composé d’un flic dans le placard et d’un journaliste militant doit faire face à non pas un, mais deux serial-killers croquant la Big Apple. Un énorme colosse tout vêtu de cuir et un tortionnaire déglingué surnommé «le tueur au mai-tai», tous s’en prenant exclusivement à la communauté gay. Tout apprêté pour satisfaire son public avide, Murphy envoie en tête de proue Russell Tovey en incarnation moustachue à la Tom of Finland, sex-symbol facilement repérable à ses grandes oreilles. Viennent s’y greffer un sadique coké (insupportable Zachary Quinto), une oie blanche (l’insipide Charlie Carver), de méchantes lesbiennes (sous-exploitées…), une chercheuse qui cherche (Billie Lourd, barbante), un photographe décadent… Curieusement, la série à toutes les peines du monde à retranscrire l’atmosphère poisseuse et très cul du NY sexy de ces années-là, loupant même les rares scènes tournées à Fire Island, la fameuse île des plaisirs des gays branchouilles. Douche froide sur rues brûlantes…

L’illusion se maintient comme elle peut, en particulier grâce à la performance du méga-flippant Jeff Hiller, dont le rôle tient autant de Jeffrey Dahmer que du docteur Frankenstein. À mi-parcours, tout s’épuise: se consacrant généralement en huis-clos, AHS fait de New-York un bout de terre où cohabitent très artificiellement ses quelques protagonistes. Comme en témoigne une sous-intrigue désastreuse autour d’un cabinet de voyance qui tente de greffer comme elle peut du fantastique à l’intrigue. Sous les coups de truelles de Manny Coto (qui avait déjà beaucoup fait de mal avec AHS: Stories, qu’il a quasi-intégralement bichonné), les personnages s’effondrent, disparaissent ou se complaisent dans des scènes dramatiques à l’empathie forcée. Et le double épisode final, vendu comme un requiem au nom des victimes du Sida, s’enfonce dans un symbolisme ringard et lourdingue (pauvre Radioactivity de Kraftwerk qui méritait mieux), pour ne pas dire discutable (la dimension «aids horror» sous-entendant que la maladie viendrait du gouvernement et se serait transmise comme la maladie de Lyme: no comment). Autrefois réjouissante, AHS ne cesse de reculer son agonie d’années en années… J.M.

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