[CRITIQUE] FANTASTIC MR FOX de Wes Anderson

Toqué du plan fixe sur-cadré et de la transformation des personnages en marionnettes, Wes Anderson a utilisé l’animation pour adapter un conte de Roald Dahl – qu’il avait lu, enfant, dans les années 70 et qui l’avait beaucoup marqué. Si, en apparence, Fantastic Mr Fox s’adresse aux enfants, l’énergie créatrice du cinéaste s’exprime en dehors de cette norme qui a fini par accréditer à tort l’idée selon laquelle l’animation est un support exclusivement réservé aux très jeunes. Pour commencer, Wes Anderson devrait attirer un public beaucoup plus étendu, notamment ses fans de la première heure qui ne seront pas dépaysés et retrouveront ses marques de fabrique : l’irréalisme festif, l’extravagance amortie, le dandysme mélancolique. Ensuite, il s’agit sans doute de son film le plus ambitieux, ne serait-ce que sur un plan technique, avec une utilisation consommée de la stop-motion (image par image), déjà utilisée par Henry Selick dans L’étrange Noel de monsieur Jack, Coraline et surtout La vie aquatique, que Wes Anderson avait déjà co-scénarisé avec Noah Baumbach. Enfin, il y a un personnage à la mode : le renard qui parle.

A défaut de le rapprocher de celui, maléfique et sublime, qui annonce le règne du chaos dans Antichrist, de Lars Von Trier, Mr Fox est à mettre en relation avec le héros d’un vieux film culte : Le roman de Renard, de Ladislas Starewitch (1930), qui reste célèbre pour avoir été le premier long-métrage d’animation de marionnettes. Afin de conserver cet esprit d’extase enfantine, Wes Anderson est parti de la trame limpide de Roald Dahl pour plaquer son spleen Baudelairien (« Combien nous sommes grands et poétiques dans nos cravates et nos bottes vernies ») et trouver une résonance personnelle chez ce renard adulte qui n’arrive pas à quitter une adolescence idéalisée (période d’épanouissement de son génie de voleur), à assumer son rôle de père et à veiller sur les siens. Si quelques habitués (Jason Schwartzman, Bill Murray, Willem Dafoe, Owen Wilson et Adrien Brody) se chargent des voix dans Fantastic Mr Fox, on les reconnaît aussi par les regards, les expressions, les vêtements ou les attitudes.

Surtout, Wes Anderson a conservé cette façon simple de dire des choses compliquées avec comme toujours une tonne d’idées par plan. Même si la fin, trop fidèle au bouquin, ne permet pas la magistrale montée d’émotion que l’on ressent à chaque conclusion de ses précédents films. Entre temps, on aura vu du cidre devenir de l’or, repéré des hommages subliminaux aux films d’horreur et aux westerns, entendu en fond sonore une chanson du Robin des bois de Disney, ressenti tout et son contraire dans un même fragment de scène. De la comédie dépressive à la tristesse burlesque, il n’y a qu’un battement de cil.

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