« Necronomicon » de Brian Yuzna, Christophe Gans et Shusuke Kaneko : film-à-sketch lovecraftien

Sorti en 1993, Necronomicon est un drôle de film à sketches horrifique, pas complètement convaincant, mais valant quand même le coup d’œil, produit et en partie réalisé par Brian Yuzna, qui s’était alors entouré du Français Christophe Gans et du Japonais Shusuke Kaneko pour donner vie à trois histoires librement inspirées de l’univers de H.P. Lovecraft.

Le film s’articule autour d’un récit-cadre dans lequel l’écrivain, interprété par Jeffrey Combs, découvre qu’un ordre de moines Ontraggi possède un exemplaire du célèbre Necronomicon, ouvrage occulte fictivement attribué à Abdul Alhazred. En pénétrant dans une salle secrète pour consulter le grimoire, Lovecraft réveille une présence tapie sous la bibliothèque. Cette découverte sert de prétexte à trois récits macabres mêlant résurrection, expériences scientifiques interdites et cultes monstrueux. Avec Necronomicon, Yuzna prolonge cette tradition lovecraftienne tout en privilégiant une approche davantage tournée vers le gore et les effets spéciaux.

Le premier segment, The Drowned, réalisé par Christophe Gans, raconte le retour d’Edward DeLapoer dans un vieil hôtel familial abandonné depuis soixante ans. En découvrant une lettre et les écrits de son ancêtre Jethro, il apprend que celui-ci avait utilisé le Necronomicon pour ressusciter sa femme et son fils, disparus dans un naufrage, mais que les êtres revenus à la vie s’étaient transformés en créatures inhumaines. Incapable d’accepter la mort de sa propre compagne, Edward décide à son tour de reproduire le rituel. Fort de ses décors gothiques et de son ambiance évoquant les adaptations d’Edgar Allan Poe, cet épisode ne lésine pas sur les effets monstrueux.

Shusuke Kaneko signe ensuite The Cold. Un journaliste enquête sur plusieurs disparitions liées à une mystérieuse demeure de Boston et découvre l’histoire du docteur Richard Madden, un scientifique ayant trouvé le moyen de préserver son organisme de la dégradation en maintenant son corps à très basse température. Pour prolonger artificiellement son existence, celui-ci doit cependant s’approvisionner régulièrement en liquide céphalorachidien humain. Adapté de la nouvelle Cool Air (1931), cet épisode développe une atmosphère inquiétante et une intrigue particulièrement malsaine, portée par l’interprétation de David Warner.

Dans The Whispers, Brian Yuzna reprend les commandes pour raconter l’histoire de Sarah et Paul, deux policiers victimes d’un accident durant la poursuite d’un suspect. Lorsque Sarah découvre que son partenaire a été emmené par un mystérieux individu surnommé « The Butcher », elle se lance à sa recherche et rencontre Harold Benedict et son épouse aveugle Daisy. Enceinte de Paul, elle poursuit son enquête dans les profondeurs d’un entrepôt, jusqu’à un ancien temple où tous deux sont destinés à servir de victimes sacrificielles à des créatures monstrueuses. Librement inspiré de The Whisperer in Darkness (1931), ce dernier récit privilégie les mutations organiques, les monstres tentaculaires et les effets sanglants, dans la droite ligne du cinéma de Yuzna. L’ensemble bénéficie d’un travail remarquable sur les effets spéciaux pratiques, notamment ceux associés à Tom Savini, qui donnent aux transformations corporelles et aux créatures une dimension particulièrement répugnante. Reste que la profusion visuelle finit parfois par prendre le pas sur l’atmosphère et la suggestion, pourtant essentielles à l’horreur imaginée par Lovecraft.

Commentaire audio de Christophe Gans et Brian YuznaÉditeur : Metropolitan Film & Video
Distributeur : Seven7
Date de parution : 06/11/2026
Collection : Metropolitan Edition Haute Définition

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