« Clayface » de James Watkins : un amalgame inégal qui, à l’image de son héros, peine à prendre forme

Projet ambitieux et alléchant que ce Clayface, nouvelle addition au DC Universe agressivement marketée comme un film d’horreur, mieux, comme un film de body horror. Pour justifier l’entreprise, on met à la réalisation James Watkins, à qui l’on doit l’insoutenable Eden Lake (dans lequel Jack O’Connell nous montre l’étendue de son sadisme ainsi que ses parties génitales) et l’élégant La Dame en noir (dans lequel Daniel Radcliffe nous montre comme il porte bien les favoris), puis on ajoute Mike Flanagan, qu’on ne présente plus, au scénario aux côtés d’Hossein Amini (Drive de Nicolas Winding Refn, tout de même). Arrosez tout ça de teasers qui taquinent le goût récemment confirmé du spectateur pour les mutilations et les transformations physiques, vous obtenez une recette de celles qu’on trouve sur Instagram : aléatoire, mais qui passe pour audacieuse.

Bien que cette première itération de Clayface sur grand écran s’écarte des héros et des vilains consacrés en faveur d’un personnage (très) secondaire, l’effort rappelle Joker (Todd Philips, 2019) et The Batman (2022) – dont le réalisateur, Matt Reeves, est ici producteur – en s’inscrivant dans la tentative, jusqu’ici fructueuse, de rafraîchir un DC Universe vaguement poussiéreux à travers des perspectives nouvelles sur ses icônes. Là où le premier mise tout sur le character study, offrant une plateforme à Joaquin Phoenix pour pasticher Robert De Niro, le second donne à fond dans l’atmosphère. Si c’est le dernier – et son Batman existentiellement angoissé, quasi spectral, qui hante un Gotham… gothique – qui emporte d’emblée ma préférence, tous deux ont le mérite de s’engager franchement dans une voie et de produire, en conséquence, des résultats cohésifs et cohérents. Et tous deux flirtaient déjà, certes farouchement, avec le cinéma de genre. Clayface, quant à lui, propose un portrait qui se détourne des visages bankable et s’acoquine plus franchement avec l’horreur. L’ennui, et l’ironie, c’est qu’il manque de ce que les deux précédents possédaient en abondance, voire en excès : d’une identité (quand bien même elle serait dérivative), d’une personnalité.

Car l’amalgame d’influences, même soumis au moule du studio et de la franchise, peine à prendre forme. La performance centrale, quoique convaincante, occupe trop peu d’espace pour emporter le film. Les scènes de body horror ont été si lourdement teasées qu’elles confirment mais surprennent peu, et les thèmes, qu’on a déjà (et mieux) vu associés à ce sous-genre dans The Substance, achèvent de s’éventer dans des dialogues mièvres et une écriture superficielle des personnages. La comparaison au film de Coralie Fargeat s’impose d’autant plus, et flatte d’autant moins Clayface, que tous deux s’inscrivent dans une tradition de récits de monstres qui, en remontant jusqu’à Mary Shelley, passe par le cinéma expressionniste, que The Substance réinvestit avec enthousiasme, et les « Universal monsters », en direction desquels Clayface se contente de gesticuler vaguement – L’homme invisible de James Whale, notamment.

On y compte cependant quelques morceaux de bravoure. La scène des turbulences nous gratifie d’un montage alterné qui, entre le ciseau à ongles et le sac à vomi, ne manque pas de culot. Et à la séquence d’ouverture, dans laquelle le héros confie ne s’être jamais entendu dire « je t’aime » de quelqu’un qui le pensait sincèrement, répond une dernière séquence dans laquelle, sa métamorphose achevée, il prend sur lui d’exaucer ce souhait – une belle leçon de self-love. Mais c’est trop peu pour sauver un film dont on sort avec le sentiment décevant d’un résultat inférieur à la somme de ses parties. Un film à l’image de son personnage : multiple, et ultimement, informe.

21 octobre 2026 en salle | 1h 49min | Drame, Epouvante-horreur, Thriller
De James Watkins | Par Mike Flanagan, Hossein Amini
Avec Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, Eddie Marsan

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