Culte des années 60 : Nick Drake – « River Man »

River Man est le deuxième titre de Five Leaves Left, son premier album paru chez Island Records le 3 juillet 1969, et c’est si beau que vous devriez en tomber amoureux.

La raison de son charme tenace, faisant qu’on en parle avec une vive émotion des décennies plus tard, vient du fait, paradoxal et si beau chaos, que la chanson semble couler avec une douceur absolue tout en étant construite sur une profonde instabilité. Nick Drake, alors âgé de vingt et un ans, avait étudié la littérature anglaise à Cambridge, où il s’était déjà fait remarquer comme guitariste et auteur-compositeur, avant de quitter l’université sans terminer son diplôme pour se consacrer à la musique. Il appartenait à une génération qui aurait pu faire de lui une figure classique de la scène folk britannique. Au lieu de ça, sa réserve presque légendaire, son refus des interviews, son rapport extrêmement intime à la musique l’ont longtemps maintenu à distance du furieux vacarme de son époque.

Le morceau River Man lui ressemble totalement, il repose sur une mesure à cinq temps (le fameux 5/4) dont l’asymétrie donne à la pulsation une sensation de déplacement permanent. Soit une véritable poétique du mouvement faisant dériver la chanson d’une telle façon qu’elle flatte l’écoute et l’imaginaire et où ledit fleuve y apparaît moins comme un lieu que comme une frontière, peut-être celle qui sépare le monde quotidien d’une autre réalité, plus obscure. Cette rencontre entre la guitare sèche, la voix extrêmement proche de Drake et l’orchestre crée ainsi une musique qui semble à la fois intime et immense. Comme une chambre minuscule ouverte soudain sur un paysage métaphysique. Voilà pour les arguments. Le mieux, c’est de l’écouter, encore, toujours, partout.

Nick Drake meurt en 1974, à seulement vingt-six ans, d’une overdose d’amitriptyline, un antidépresseur qui lui avait été prescrit ; sa mort, survenue dans la maison familiale de Tanworth-in-Arden, a longtemps nourri les récits autour de son œuvre, mais ne doit pas faire oublier que sa musique existait déjà dans toute sa singularité de son vivant.

Les articles les plus lus

« Mouthwashing » : Karyn Kusama à la réalisation de l’adaptation ciné du jeu d’horreur

Sony Pictures a acquis les droits d’adaptation cinématographique de...

Bill Plympton met en dessin le clip musical du groupe Average Friends

Bill Plympton, chéri du Chaos, s'associe au duo indie...
spot_img

Notre tableau des étoiles

À lire absolument

spot_imgspot_img