Le palmarès de la 83ᵉ édition de la Mostra de Venise a été dévoilé lors de la cérémonie de clôture samedi 12 septembre. Voici la liste des prix décernés : Lion d’or du meilleur film: Woman Unknown de May el-Toukhy ; lion d’argent-Grand prix du jury : Possible Love, de Lee Chang-dong ; Lion d’argent de la meilleure réalisation : Ilya Khrzhanovsky, pour DAU ; Coupe Volpi de la meilleure actrice : Mathilde Arcel dans Woman Unknown de May el-Toukhy ; Coupe Volpi du meilleur acteur : John Malkovich dans Wild Horse Nine de Martin McDonagh ; Prix du meilleur scénario : Un Bon Petit Soldat de Stéphane Brizé ; Prix spécial du jury : NAZA de Yuval Abraham et Rachel Szor ; Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir : Malou Khebizi dans 15/18 de Cédric Kahn. Anthony était quelques jours sur place et nous a envoyé ses notes sur quelques films. Voici son compte-rendu rapido.
Jupiter
Thriller sous tension aux résonances forcément actuelles, mené de main de maître par un Denis Ménochet en président de la République amené à prendre des décisions cornéliennes et qui devrait être dans les listes de récompenses prochaines, inexorablement à mettre en regard de A House of Dynamite de Kathryn Bigelow sorti l’an dernier. Bénéficiant de seconds couteaux très solides (Reda Kateb, un André Dussollier impérial, Dominique Blanc ou encore Céline Sallette), le film ne laisse quasiment aucun répit sur ses 87 minutes où visions géopolitiques et points de vue s’affrontent à travers des dialogues d’une importance capitale. Belle ambiance électrique très bien maîtrisée, rien de définitif mais une bonne pellicule. Des références multiples au général de Gaulle, dont c’est définitivement le retour de hype visiblement, en cette année préélectorale.
Bunker
Mal accueilli par la presse internationale et une partie du public vénitien, Bunker de Florian Zeller est pourtant loin de la purge tant annoncée. Le charisme dévastateur de son couple de stars Pénélope Cruz et Javier Bardem est forcément à mettre dans la balance mais force est d’avouer que ces deux heures passent vite malgré le fait que Zeller cherche à aborder plusieurs thèmes passionnants (le repli sur soi, la peur des autres, la paupérisation ou encore l’IA et l’utilisation de la technologie) et que le film est un peu maladroit dans sa parabole finale un peu grossière. Dommage, mais pour autant tout n’est pas à jeter, notamment dans son étude de couple ou encore dans son traitement par l’absurde, parfois des situations laissant échapper des saillies cyniques pas forcément sanglantes mais assez délicieuses.
Company
Pas facile d’aborder le film de Casey Affleck déjà assez nébuleux sur le papier, un récit d’enchevêtrements d’histoires racontées à différents personnages par d’autres et à différentes époques. Cela donne une sorte de western contemplatif un peu gothique avec des compositions de plans évoquant des tableaux impressionnistes et surtout de longues plages de dialogues… Picturalement c’est loin d’être raté, mais le résultat final en termes d’histoire laisse sur sa faim malgré une évocation de la solitude de l’être humain assez prenante parfois et le charisme désinvolte d’Atticus Affleck, fils de Casey, qui vampirise l’écran. A surtout pour mérite de ne pas être plus long et devrait s’oublier assez rapidement d’ailleurs ce fut une séance de belles siestes pour beaucoup de festivaliers.
La Moula
Premier film de Jérôme Pierrat, journaliste spécialisé en criminologie et souvent infiltré dans le milieu du grand banditisme qui joue là son propre rôle, dans un faux documentaire le mettant en scène dans des « archives retrouvées » façon Blair Witch, après une infiltration au sein d’un gang de trafiquants de coke à l’approche d’un gros coup. Le côté found-footage qui peut avoir ses limites, trouve ici finalement une justification et même une utilisation assez amusante et installe une tension qui va crescendo sans oublier de passer par des étapes désopilantes, la (vraie) vie de voyou sans le côté romanesque, n’étant finalement pas si glamour que cela, il montre l’attente souvent vaine, les conversations sans queue ni tête et au final presque le ridicule de cette vie sans pour autant faire passer ses personnages pour des demeurés malgré des scènes très drôles. On sent que le réal sait de quoi il parle et n’oublie pas de noter le parallèle entre l’équipe de malfrats et celle des flics et propose un petit film concis mais au scénario bien géré se refermant sur une pique aux médias sensationnalistes et surtout l’avènement cruel d’une nouvelle génération de voyous se servant des images, justifiant par la même occasion le dispositif du long métrage.
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