Hollywood Babylone. La folle journée d’Eddie Mannix (Josh Brolin) va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix (Brolin donc) est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz (Ralph Fiennes) qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique. Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran (Scarlet) la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney (Channing Tatum). Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique « Avé César! » lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.
Tout ça pour ça. C’est drôle parce qu’il y a peu, le temps d’une conférence de presse, ce cher George Clooney, fort d’une longue collaboration avec les frères Coen après O Brother (2000), Intolérable Cruauté (2003) et Burn After Reading (2008), confessait: « Hum… Pourquoi aller voir ce film? Hé bien, c’est simple, principalement pour voir Channing Tatum danser en costume de marin. Ce qui est déjà amplement suffisant. Et puis parfois vous verrez aussi Scarlett Johansson plonger dans une piscine, ce qui vaut toujours la peine« . Ces déclarations sont, évidemment, à prendre sur le ton de la plaisanterie pour dérider les professionnels de la profession qui, comme chacun le sait, ne rient jamais. Mais elles résument sans en avoir l’air ce qui cloche dans ce dix-septième film des Coen bros, ayant le malheur d’arriver après une flopée de films pleins, aboutis, achevés (A Serious Man; Inside Llewyn Davis…). En comparaison, Avé César! laisse un goût d’inaccomplissement, plongeant le spectateur dans un abîme de perplexité à la sortie de la projection. A se demander qui a réellement pris le plus de plaisir entre ceux qui ont fait le film ou ceux qui le regardent.
Il s’agit de se moquer du Hollywood des années 50 entre les susceptibilités de metteurs en scène et de comédiens, les intrigues politiques, les polémiques d’activistes, les difficultés économiques suscitées par l’arrivée de nouveaux médias, mais aussi de pasticher les nombreux genres phares de l’âge d’or (film noir, comédie musicale, péplum, western…). Clooney joue une star des années 1950: décérébré et mégalo dans la vie; charismatique à l’écran. Il disparaît en plein tournage d’un couteux péplum et l’homme des situations difficiles du studio Capitole (Josh Brolin, phénoménal de fadeur) est chargé de le retrouver. En bon personnage des Coen, l’acteur est génialement dépassé par tout ce qui se passe en coulisse, passant tout le film en tunique. Il lui arrive alors une série de situations et de rencontres surréalistes et ces mésaventures sont ce que le film possède de plus amusant.
Le reste, très inégal, tient du gentil assemblage de vignettes, générant une impression inexorable de frivolité voire de futilité. Ainsi, on aperçoit Scarlett Johansson en vedette de ballets nautiques inspirée d’Esther Williams, Channing Tatum en virtuose des claquettes façon Fred Astaire… Ces vignettes mises en abyme reproduisent des séquences musicales au premier degré et dans leur intégralité, sans cesse désamorcées par un contrepoint ironique (Scarlett jurant comme un charretier après un tournage, Christophe Lambert en cameo surprise). Le gimmick est amusant la première fois; mais, à la longue, ça devient programmatique. De même, si la séquence avec Ralph Fiennes en réalisateur lettré au bord de la crise de nerfs en dirigeant un acteur concon s’avère amusante, le double-rôle Tilda Swinton épuise. Et ainsi de suite… Chacun fera le tri entre ce qu’il a aimé et ce qu’il n’a pas aimé, comme dans un film-à-sketches. Certes, c’est pas tous les jours qu’on est invité au grand saccage des apparences. Mais on attend du cinéma des Coen autre chose qu’un petit compte d’apothicaire.


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