Phénomène surprise outre-Atlantique, jusqu’à dépasser la machine de studio Send Help du maître Sam Raimi, Iron Lung débarque exceptionnellement dans l’Hexagone cette semaine. Mené en totale indépendance par le youtubeur Mark Fischbach, alias Markiplier, pour moins de 4 millions de dollars, le film adapte le succès vidéoludique éponyme : l’exploration d’un océan de sang, menée dans un sous-marin en huis clos, par un homme plus chair à canon que missionnaire héroïque.
Vraisemblablement motivé à s’affirmer comme un « vrai film de cinéma », affranchi de YouTube dont il naît, Iron Lung déploie les grands moyens. Passées quelques incrustations numériques que l’on admettra cheap, le travail de la lumière comme du sound design s’applique à porter une arène narrative solide. Là où le bât blesse malheureusement, c’est dans l’apparent manque de confiance du metteur en scène en son dispositif, incitant à une surcharge d’effets jusqu’à l’outrance. Fischbach privilégie le style, l’audace, et multiplie les compositions et mouvements élaborés, voire saisissants, en oubliant trop souvent que « faire cinéma », c’est avant tout servir une tension, des émotions. Le foisonnement d’effets de style, a priori réjouissant, éclipse alors régulièrement l’efficacité du long métrage ; en témoignent ses jeux de lentilles psychédéliques, plus propices à un pas en arrière qu’à l’implication organique. De la même manière, le dynamisme abusif du montage, frôlant parfois la bande-annonce, laisse préjuger des reliquats de réflexes hérités d’une longue expérience sur internet.
Ces effets ne sauraient pour autant effacer un sens du huis clos ô combien malin dans sa mise en scène. Iron Lung se montre particulièrement pertinent en ce qu’il ne s’attache jamais à exploiter la claustrophobie de son lieu, mais bien l’impuissance à laquelle il confine. La mécanique de photographie au centre du dispositif cristallise alors sa force en ce qu’elle invoque tant l’angoisse d’une incapacité d’agir que les pouvoirs de notre imagination face à la réelle menace, subrepticement perceptible à travers des clichés authentiquement terrifiants. Sans totalement esquiver la redondance çà et là, Fischbach manipule et renouvelle intelligemment son huis clos, en explore chaque recoin, dans une progression des plus ludiques et rythmées. C’est finalement, à nouveau, en cherchant l’exhaustivité, que le récit s’égare et trébuche parfois, s’allongeant dans des flashbacks et des longueurs toutefois minimes. Balbutiements encore manifestes de son auteur, le film remplit pour autant sa mission, n’apparaissant jamais comme un « film de youtubeur » à la gloire de son créateur, par ailleurs interprète convaincant, mais comme un pur film de débutant, dans toute la générosité et l’imperfection que cela charrie.
Le dernier quart du récit cristallise tant le cœur du problème que la lueur d’espoir en son sein. À brasser trop de genres et d’influences, Markiplier frôle la noyade criarde et illisible. Pour autant, il s’agit de saisir que le cœur du plaisir n’est pas tant dans le spectacle grandiloquent que dans la tension resserrée, l’émotion brute. Qui plus est, il y a là un regard d’une sensibilité rare sur la fin de l’espèce, sur notre incapacité, en fourmis face à l’univers, à prendre en main un monde qui s’écroule. C’est à nouveau l’impuissance qui est au cœur du geste, dans un mouvement désespéré flirtant avec le nihilisme. Quoi de plus stimulant, alors, que de voir, sous des pas encore en construction, un regard fort se former déjà, dont on ne peut qu’attendre les prochaines propositions.
19 février 2026 en salle | 2h 07min | Epouvante-horreur, Science FictionDe Mark Fischbach | Par Mark Fischbach Avec Mark Fischbach, Elle LaMont, Seán McLoughlin |
19 février 2026 en salle | 2h 07min | Epouvante-horreur, Science Fiction


