«Category X», comment se porte le porno français ?

Les caresses de l’aube, c’est la dernière production de Jack Tyler; et, elle a autant à voir avec La promesse de l’aube de Romain Gary qu’un tube de Lady Gaga avec un ouvrage d’Alain Finkielkraut. Un film X prompt à être diffusé le premier samedi du mois à minuit sur Canal+ et qui, selon le synopsis officiel, raconte les mésaventures de «deux danseuses rivales fréquentant un délégué syndical en délicatesse avec les autorités». Ça, c’est pour la surface. Mais que se passe-t-il clairement dans la coulisse ? Des trajectoires de comète, des inquiétudes, des moments de doute ou des éclats de rire. En moins d’une heure, le documentaire Category X réalisé par Frédéric Ambroisine raconte entre les lignes ce que signifie aujourd’hui tourner dans un film X à une heure où le film de boules est dispo en deux clics, aussi accessible qu’un chewing-gum.

Category X, sorte de making-of du tournage des Caresses de l’aube, montre des hommes et des femmes qui répètent dans une relation saine: comment il faut changer de position pour que ça soit plus agréable, pour faire le point ou ne pas faire mal à la bite de l’acteur. Des questions pratiques, certes, mais du respect aussi. Dès la première scène, le très sympathique Bruno Aissix résume toute la galère de son métier: «22 ans de porno et je ne sais pas si je vais bander (quand je tourne une scène)!». Ça, Bruno, c’est comme le cœur qui bat: s’il ne bat plus, plus la peine de continuer ou de se forcer, sinon le corps tombe. La bonne nouvelle, c’est que Bruno bande encore. Et le point commun entre les différents intervenants dans Category X, c’est que les corps fonctionnent et que les cœurs battent toujours. À l’image de Nina Roberts (maquilleuse, écrivaine, coach sportif, ex-pornstar) qui garde un lien avec le milieu parce que c’est «comme une drogue», parce qu’elle ne peut pas s’en défaire. À l’image du jovial Phil Hollyday qui sous des dehors désinvoltes ne plaisante pas avec la rigueur ni avec la discipline. À l’image du réalisateur génial Gérard Kikoine (L’Amour à la bouche, 1974) qui a droit dans Les caresses de l’aube à «un rôle soft dans une prod hard» et qui, protecteur, a l’humilité de ceux qui ont déjà connu les rouages du milieu, de ceux n’ont plus grand-chose à apprendre et qui, sans être blasés, restent open pour recueillir, écouter, transmettre. C’est toute une culture et c’est toujours intéressant de l’écouter.

La première partie du documentaire déroule les CV, de manière presque scolaire, de manière douce aussi, sans ricaner, laissant le temps nécessaire – ce qui est de moins en moins fréquent. Qui es-tu? Pourquoi es-tu là? Qu’est-ce qui te plait? Les profanes font connaissance, les amateurs seront ravis de retrouver leurs acteurs chouchous autrement qu’à poil, (presque) habillés. On se surprend même à rire devant les confessions de Lana Fever qui veut être naturelle et ne pas être une poupée, qui n’a quasiment jamais maté de pornos – d’ailleurs, lorsqu’elle tombe sur un porno, elle ne mate que les scènes de comédie (sic). Certes, à l’exception de deux trois scènes assez cruelles sur le sort des actrices – rémunérées en fonction de la pénétration –, on peut s’étonner d’une telle bienveillance sur un tournage porno, mais cette solidarité est sans doute renforcée par la précarité du milieu. Certains font même figure de survivants. La seconde partie se révèle plus substantielle: à partir d’une question simple (comment vivre de son métier de hardeur aujourd’hui?), on obtient des réponses cash.

Oubliez l’époque dorée des Hot d’or. Internet a tout ravagé comme un incendie. Comme le balance Titof, les acteurs ayant embrassé cette profession sont désormais «sous-payés». Titof, l’un des hardeurs les plus médiatisés, a, lui aussi, été confronté à la concurrence, rattrapé par la crise et ce foutu temps qui passe: ses mots sont lapidaires, son sourire, intact, mais son corps, vieilli, et ses yeux, bleus tristes, nous racontent une autre histoire…

« Category X » documentaire de Frédéric Ambroisine. Saphir Production. Avec Jack Tyler, Angell Summers, Bruno SX, Titof, Lana Fever, Phil Hollyday, Victoria Blanc…

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