[PHOTOMATON] VICTOR SAINT MACARY

La rubrique PHOTOMATON met en lumière ceux qui font le cinéma. Troisième invité: VICTOR SAINT MACARY.

Quelle est votre profession?
Je suis scénariste et potentiellement réalisateur (si ça se passe bien quoi).

Quel est votre parcours?
Un peu chaotique. Deug de droit, Maîtrise de sciences politiques, Dess de nouveaux médias. J’ai commencé par faire de la télé, j’ai bossé un an chez Comédie! (chaîne TV), avant de me retrouver dans un cabinet de conseil spécialisé dans l’audiovisuel (IMCA). Je faisais des analyses d’audiences, de la programmation éditoriale, et beaucoup de Power Point. Puis j’ai rencontré Capucine Violet. Elle était responsable du Développement chez Gaumont. Elle cherchait quelqu’un. J’ai postulé. J’ai été engagé. J’y ai passé 7 ans.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
Là ça fait un an que je suis parti de Gaumont et que je me suis mis à mon compte. Je bosse sur 4 projets :
– mon premier film qui explore la question de l’amitié garçon/fille, une histoire d’amour amicale, une « bromance »,
– le prochain film d’Yvan Attal sur une jeune de banlieue qui découvre les concours d’éloquence,
– la saison 3 de Platane avec Eric Judor (on est sur le premier épisode là),
– et un spectacle de comédie musicale basé sur le Livre de la Jungle

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
Le premier choc cinématographique c’est Lost Highway de David Lynch. C’était un week-end. J’étais ado. J’avais loué tout un tas de VHS. J’étais extrêmement cinéphage à l’époque. Je pouvais enchaîner 10 films en un week-end. C’était presque compulsif. Et là je tombe sur Lost Highway. Je comprends pas ce qu’il m’arrive. Impossible de sortir du film. Quand ça se finit, je rembobine et je le relance. Je l’ai regardé 5 fois de suite. J’étais hypnotisé, sous influence, le film m’avait marabouté. Le deuxième choc est plus laborieux. C’est Stalker de Tarkovski. C’est un film qui s’est pas offert facilement à moi. En fait, je pense qu’à l’époque (j’étais encore adolescent), c’était trop gros pour moi, j’étais pas prêt, j’avais besoin de prendre de la bouteille. J’ai du m’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à le voir en entier. Y a du y avoir 3 ou 4 faux départs. J’abandonnais. Mais à chaque fois que je retombais sur la jaquette, y avait un appel, je pressentais qu’il y avait quelque chose de l’ordre du sublime. Aujourd’hui, c’est un de mes films préférés. C’est au-dessus de tout. Le mec a tout compris au hors-champ, à l’imaginaire. Avec deux balles, il te fait voyager comme t’as jamais voyagé. La jubilation, elle, c’est Scorsese qui me l’a faite découvrir. La magie du montage et la musique au cinéma c’est Casino pour moi. Le premier acte c’est dément. T’as une heure et demi d’exposition, ce qui est aberrant, et t’es cramponné à ton siège, t’essayes de pas cligner des yeux tellement tu veux rien rater. T’es complètement euphorique. La première heure et demi de Casino c’est de la drogue dure. T’as envie que ça s’arrête jamais. Puis j’ai découvert la comédie d’auteur française. Jusque tard (16-17 ans), j’étais dans une posture intellectuelle un peu factice. Je pensais que le cinéma c’était sérieux. Et puis j’ai vu Le Péril Jeune de Klapisch, Les Apprentis de Salvadori, Un monde sans pitié de Rochant, et j’ai compris que la comédie ça avait une force extraordinaire quand c’était porté par un auteur. Et aujourd’hui c’est ça que j’ai envie de faire.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
La réalisation de mon court-métrage (Beau Papa). Ce qui est marrant, c’est qu’au départ je ne voulais pas le réaliser. Je l’avais écrit, prêt à le donner à quelqu’un d’autre. Mais ma fiancée m’a poussé à le faire, en me disant que je n’avais rien à perdre, qu’au pire le film finirait sur une étagère. Et pour la première fois de ma vie, j’étais à ma place. Et surtout je suis devenu accroc. Depuis, j’ai plus qu’une seule idée, y retourner.

Quel est votre pire souvenir professionnel?
Chez Gaumont, on faisait du développement, c’est-à-dire qu’on essayait de faire des retours constructifs sur des textes. Je suis tombé sur des auteurs mongoliens, méchants, sûrs de leur fait qui n’écoutaient rien. Y en a en particulier qui était très très con, un mec qui a fait un film avec Didier Bourdon (j’en ai déjà trop dit). Sociologiquement, le microcosme du cinéma c’est fascinant. Y a une grande mixité intellectuelle, on y croise des génies et des débiles profonds, des gens capables de soulever des montagnes et des incapables, des amoureux et des parasites.

Citez-moi quelqu’un de bien/pro/formidable dans ce métier si cruel?
Agathe Hubert, avec qui j’ai bossé en binôme pendant 5 ans chez Gaumont. Aujourd’hui, elle aussi est scénariste. Je lui dois beaucoup. Et Pierre Guyard, le producteur de mon long. Un mec brillant. Le Claude Berri de notre génération..

Ce que vous avez fait de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
Dans une boite de nuit, la veille de sortie d’un film, passablement saoul, j’ai dit à l’actrice principale dudit film que ça allait se planter et que les seules entrées qu’on ferait ce serait grâce à la taille de ses seins. Je travaillais chez Gaumont à l’époque. L’actrice a appelé la direction. Elle a voulu me faire virer. Je lui ai envoyé des fleurs, j’ai gardé mon poste, et le film a été un échec.

A quel film ressemblera le monde de demain?
Au générique de début de Casino.

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