Issus du New-Jersey, les Fugees se composent de deux amis d’enfance d’origine haïtienne, Wyclef Jean et Pras Michel et de l’Américaine d’origine jamaïcaine Lauryn Hill, une copine de lycée pourvue d’une hallucinante culture soul qui aimait à reprendre Marvin Gaye ou Whitney Houston dans les fêtes de quartier. Ensemble, ils sont devenus des rois dans les années 90. Leur groupe: Fugees (abréviation de refugees), incontournable dans l’histoire du rap américain. Et c’est là qu’on vous conseille d’écouter, de ré-écouter, de ré-ré-écouter le deuxième album The Score, sorti en 1996 après leur premier (et moins évident) album de rap acoustique Blunted on Reality en 1994, pour mesurer l’ampleur de la merveille (17 millions de ventes) qui traduisait les convulsions urbaines avec une musicalité, une amplitude, une sérénité et une honnêteté inouïes.
Une absence totale de calcul cynique et une foi inextinguible en la musique qui les propulsera au sommet cette année-là – The Score finira à juste titre inclus dans la liste des 500 meilleurs albums de tous les temps du magazine Rolling Stone. On y retrouve leur reprise de Killing Me Softly de Roberta Flack, classique de la musique soul qui nourrira la toute nouvelle génération hip-hop, ou encore Ready or not (repris à toutes les sauces depuis). Et ce Fu-Gee-La, sorte de méga-tube qui leur a apporté un degré de notoriété supplémentaire. Doués d’une conscience politique très forte, ils offraient avec ce titre, et par extension avec cet album, une version moderne de l’humanisme soul engagé des années 70, avec un amour si contagieux et communicatif de la musique qu’elle passait avant tout militantisme: « Nous voulons redonner au ghetto une voix qui ne glorifierait pas la violence, mais se ferait l’écho de celles de Marvin Gaye ou de Donny Hathaway », disaient-ils en interview. Avant d’emprunter des voies en solo dans les années 2000, ces trois-là ne ressemblaient pas aux autres en 1996…



