Bitchy « Chucky »: de retour pour une saison 2, et il est toujours aussi méchant!

On n’arrête plus bitchy Chucky! Après sept longs métrages et un reboot sorti au cinéma en 2019, la poupée couturée possédée par l’esprit du tueur en série Charles Lee Ray et imaginée dans les années 80 par Don Mancini est revenue sous la forme d’une épatante série télé portée par de jeunes comédiens (les attachants/touchants/drôles Zackary Arthur, Björgvin Arnarson, Alyvia Alyn Lind…). Dans la seconde saison, les survivants de la première tentent de reprendre le cours d’une vie normale d’ados accordés avec l’existence. Mais comme la vie est cruelle, et que Chucky aussi, ce ne sera pas le cas d’autant que 1. Des doubles façon Gremlins dégénérés le secondent et 2. Nos ados, a priori bien guéris de leurs traumas et autres blessures indicibles, passent pour responsables d’une effroyable machination. Du coup, on les envoie dans un couvent où la mission des sœurs consistera, entre autres, à leur enlever de la tête cette histoire de poupée meurtrière à la manière d’une thérapie de conversion hardcore (le fait que le héros soit gay et en couple appuie évidemment cette dimension). Face à cette horreur du monde, Chucky compte semer le chaos, instiller le vice dans cet écrin de bien-pensants et, bien entendu, il n’est pas seul. Parallèlement, il y a les déboires de Jennifer Tilly alias Tiffany Valentine, l’actrice carburant toujours autant à l’autoparodie, détenant captive Nica (Fiona Dourif, fille de, oui…), corps où l’âme originale de Chucky réside encore. Sans oublier le retour de Glen et Glenda, qu’on n’avait pas revus depuis Le fils de Chucky (2004).

L’effet de surprise (de la réussite) étant éventé, celles et ceux qui ont adhéré à la première saison adhéreront sans peine à la seconde. On y retrouve tout ce qui en faisait le sel: mauvais esprit, humour noir et salace, gore crapoteux… Mais aussi que ce qui en faisait les limites: les sous-intrigues surchargent inutilement le récit et parfois, certaines prennent trop de place quitte à casser la fluidité – selon nous, la partie avec Jennifer Tilly, un peu trop outrée, n’est clairement pas ce qu’il y a plus de réussi. C’est comme si Don Marcini, à l’origine de Chucky, à l’origine de cette série et donc à l’origine de ces retrouvailles, voulait absolument tout convoquer, tout embrasser pour au final mal étreindre. La démarche est louable, mais semble contre-productive, sans pour autant gâcher la bonne impression d’ensemble. Car l’esprit reste bel et bien là, loin des poncifs de l’horreur train-fantôme, sans effets sonores assourdissants ni protagonistes tout juste bons à se faire zigouiller. La série se réfère toujours autant aux influences des origines, à Herschell Gordon Lewis, à Ed Wood, à John Waters avec un côté méta et camp de plus en plus assumé (l’épisode 4 jouant de la mise en abyme en est l’exemple le plus probant), relançant la machine dans un couvent de bonnes sœurs où s’est introduit la poupée du mal, avec une causticité impitoyable.

Comme Chucky se contrefout du politiquement correct, c’est une aubaine satirique pour épingler ce qui démange dans la société actuelle et raconter, en creux, la déréliction de l’Amérique via ses valeurs en lambeaux parmi lesquelles la famille, l’hypocrisie des conventions, l’obsession de la normalité sans oublier l’usage intempestif de la repentance à tout propos. Avec, à la clé, un Chucky lavé de ses péchés (pour de rire, of course). Réjouissante dans sa capacité à taper sur tout ce qui bouge avec kyrielle de punchlines acérées («J’ai tué plus de gens que t’as de followers sur Insta» et autres «Avec ma mère comme modèle, c’est un miracle si je ne suis pas prostituée») et de doigts d’honneur, cette seconde saison de Chucky tombe à pic pour réveiller nos esprits aseptisés, rappelant au passage que l’union fait la force face aux cons et que l’entraide est nécessaire face à tous les post-traumatismes. Et l’on saluera les clins d’yeux cinéphiliques, comme ce plan final Hitchcockien pendant les fêtes de Noël (suffisamment grand-guignolesque pour emporter le morceau) ou encore cette parodie de la scène de torture dans Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) durant laquelle Alex/Malcolm McDowell subissait le traitement Ludovico – on le forçait à regarder durant des heures des images violentes en lui maintenant les yeux ouverts. Dans l’épisode 3, les ados obligent Chucky à visionner des dessins animés avec des licornes (lequel finit par gerber!).

Intégrale saison 2 :
2.01 – Halloween II
2.02 – The Sinners Are Much More Fun
2.03 – Hail, Mary!
2.04 – Death On Denial
2.05 – Doll On Doll
2.06 – He Is Risen Indeed
2.07 – Goin’ To The Chapel
2.08 – Chucky Actually

Les articles les plus lus

« Alter Ego » de Nicolas & Bruno : une comédie piquante, généreusement bête et méchante

Difficile de ne pas s’arrêter devant le pitch de...

« Scream 7 » de Kevin Williamson : de l’épouvante épouvantable

Si on comprend mieux, après l'avoir vu en salles,...

[LA FOIRE AUX TENEBRES] Jack Clayton, 1983

Au début des années 80, les studios Disney se...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!