« Anna » de Pierre Koralnik: une vraie curiosité des années 60 débarque en salle

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Le trait d’union entre la Nouvelle vague et le pop art… Diffusé à l’époque en noir et blanc (!) sur le poste cathodique de vos aïeux, Anna (1967) de Pierre Koralnik s’offre pour la première fois une sortie en salle, sous l’égide du distributeur Malavida. Cette comédie musicale aux accents lollipop – appartenant au genre bien connu ici du culte-mais-peu-vu – n’avait jusque-là eu droit qu’à quelques passages en salle: on se souvient notamment de deux séances mémorables avec Anna Karina au Reflet Médicis il y a 5 ans, peu de temps avant sa mort, avec beaucoup de jeunes dans la salle venus saluer la silhouette godardienne qui orne les murs d’à peu près 75 % des studettes du quartier! C’est donc un mini-événement, car cet ovni coloré demeurait un petit secret d’initiés, bien que certains pays toujours de bon goût vouent un véritable culte à ce conte enchanté édité en DVD, tels nos amis nippons (bon ok, presque toujours de bon goût).

Vaguement influencé par Godard et Truffaut, le cinéaste – qui a réalisé certains des programmes les plus innovants de notre tendre ORTF – notamment Ni figue ni raisin, produit par la démente chanteuse-mentor de Gainsbourg, Michèle Arnaud – a fait appel au cast’ le plus sexy de l’époque. D’abord prévu seulement à la composition, le beau Serge G. se retrouve d’ailleurs embarqué sur le projet après s’être réfugié chez Koralnik suite à une obscure affaire de démêlés conjugaux… Pour filmer les vocalises (douloureuses!) de Brialy, notre Koralnik s’attache les services de Willy Kurant (chef-op de Masculin féminin et du Départ). Les arrangements de Michel Colombier, génie musical de l’ombre surtout connu à l’époque pour le rutilant générique de Dim Dam Dom, contribueront à faire de la bande originale un must de l’époque, voisinant d’ailleurs avec d’autres expérimentations gainsbouriennes de la période (le Roller Girl de Karina est un brouillon clair et net du Harley Davidson à venir de BB). N’oublions pas de mentionner aussi la présence de Françoise Collin, la monteuse de Bande à part et Pierrot le fou pour ajouter à l’entêtant name-dropping…

Se revendiquant plus de la comédie musicale américaine que de l’univers de Jacques Demy (que Koralnik n’aime qu’avec modération, nous a-t-il fait savoir), Anna demeure une étrange relique sixties qui ingurgite tout ce qui lui passe par la main: les bains photographiques de Blow Up ici, les plages normandes d’Un homme et une femme là… La filmo du bonhomme reste à redécouvrir, notamment le baroque et ken-russellien Salomé (1969), avec d’immodérés et grimés Ludmilla Tcherina, Michel Auclair et Madeleine Sologne qui nous font du Mandico avant la lettre: pas étonnant que le papa de Conann en raffole (à voir sur madelen, la plateforme de l’INA)! Souvent inspiré, parfois dérisoire: c’est bien en salle qu’il vous faudra faire cette première mise en bouche, du côté du Champo cette fois-ci… G.R.

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