« Le Vourdalak » d’Adrien Beau: relecture d’un vieux monstre du folklore russe

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On avait bien dit «finito, on n’en veut plus jamais des vampires!» et pourtant… c’est bel et bien ces créatures que la France ravive cette année. Avant La morsure et En attendant la nuit, entre ici… Le Vourdalak. Point de modernisation ici (quoique…) mais un retour à la source de la source: Adrien Beau et son scénariste Hadrien Bouvier retournent comme une crêpe la nouvelle La famille du Vourdalak de Alexis Tolstoï, qui anticipait d’un demi-siècle un certain Dracula de Bram Stoker. Une brève mastication de légendes rurales, où un père retournait dans son foyer pour sucer le sang des siens. Mario Bava en avait fait son jouet dans le second segment mémorable des Trois Visages de la peur où un Boris Karloff hirsute faisait les grands yeux dans une brume de pacotille. Mais Adrien Beau is not afraid et s’éloigne amplement de son modèle: son film ne ressemble qu’à lui-même, bien que l’utilisation d’un 16 mm à la fois ouaté comme un rêve et granuleux comme un cauchemar lui donne un cachet évoquant le fantastique tchèque ou polonais, les errances de Jean Rollin ou de Jose Lamon-Larraz. À l’heure des films gris et du numérique métallique, et même si le club des férus de la pellicule ne cesse de s’agrandir, on respire, on revit.

Poudré jusqu’à l’os, un petit marquis (Kacey Mottet-Klein), émissaire du roi de France, se paume dans un pays indéterminé, sorte de fantasme de l’Est ténébreux. Trouvant refuge dans la demeure d’une sinistre famille, il ne peut s’empêcher de faire les yeux doux à la farouche Svendka (Ariane Labed, la glace et le feu à la fois), une éternelle mariée meurtrie aux allures de gitane. Lorsque le patriarche de la famille revient, et comme le veut la nouvelle d’origine, celui-ci n’a plus aucune allure humaine et des choses étranges se produisent à la nuit tombée. Sur le fil de la tragédie cadenassée où tout se doit d’aller dans le fossé, Le Vourdalak assume sa beauté fragile, son sens du grotesque, jonglant aussi bien avec son humour pincé qu’avec l’effroi de la situation (Claire Duburcq, la Conann originelle de Mandico, en mère si éplorée qu’elle ira volontairement et sciemment se jeter dans la gueule du loup).

La créature dégingandée à souhait, que le réalisateur incarne du bout d’un timbre de voix hallucinant à la Jean Topart, semble échappée des studios Jim Henson, ses limites physiques et son étrangeté totale allant à l’encontre des CGI trop bien huilés. Le parfum de naphtaline, bien qu’assumé, est parfois trompeur: loin de la rencontre des lumières et des ténèbres à la fois ardue et hermétique d’un Histoire de ma mort (où Dracula rencontrait Casanova), Beau se sert de son pater Nosferatu comme d’une incarnation squelettique et perverse du patriarcat, de la bêtise conservatrice et des désirs enfouis. Plus farce macabre que glaçon blafard, on se délecte. J.M.

25 octobre 2023 en salle / Fantastique
De Adrien Beau
Scn Adrien Beau, Hadrien Bouvier
Avec Ariane Labed, Kacey Mottet Klein, Grégoire Colin

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