« Mother, May I? » de Laurence Vannicelli: l’au-delà des apparences

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Premier film des 9 inédits sélectionnés par la plateforme Shadowz pour son Marathon d’Halloween, Mother, May I? de Laurence Vannicelli lorgne clairement du côté de l’horreur psy façon Nicolas Roeg/Ari Aster avec une vraie élégance dans la mise en image, mais sans parvenir à troubler autant qu’espéré. 

Le film s’ouvre sur le plan d’une fenêtre dans une maison. Puis, un zoom arrière dévoile ce que l’on ne voyait pas et qui se cachait hors-champ: un cadavre! Le corps d’une femme morte, venant juste de rendre l’âme (sa cigarette se consumant dans le vide, dans un cendrier). Par un effet de montage, le spectateur comprend que c’est la mater du titre qui vient de décéder. Son seul enfant, lui, est vivant. Il s’appelle Emmett (Kyle Gallner) et il récupère les cendres de cette mère qu’il connait très peu. Son leg? Des boucles d’oreille appartenant à la défunte, qui iraient drôlement bien à sa petite amie, et, surtout, une incroyable baraque, sise au nord de l’État de New York que l’on pense rapido, fins connaisseurs de films fantastiques que nous sommes, hantée par le spectre de la défunte maman, attirant fiston-trop-longtemps-parti dans ses rets pour le piéger pour-la-vie.

On se fait immédiatement ce film dans le film et, jusque dans son titre équivoque, ce Mother, may I? invite clairement à se raconter des histoires à dormir debout. Ce qu’on s’autorise à faire, dans un premier temps. La maison spacieuse en guise d’héritage semble ensevelie sous les souvenirs de la mère, apparaissant jeune sur une photo en position de danseuse, comme pour rappeler partout sa présence. Et lorsque l’idée de baiser dans la baraque de feu maman monte d’emblée à l’esprit du fils et de sa petite amie (« Ce sera juste un peu bizarre« , lance l’endeuillé), le complexe œdipien frappe à la porte! Pour le fils, cette mère est une double inconnue: de son vivant, elle n’était qu’un fantôme; désormais morte, elle ravive un poids bien concret à gérer, à assumer. Et ça, la petite amie Anya (Holland Roden) l’a bien compris. Elle va soutenir le fils endeuillé dans cette épreuve, improvisant des jeux de rôles psycho-machin, l’incitant à la catharsis afin de faire table-rase du passé pour donner une chance à un futur et à ce bébé rédempteur (la vie vs la mort, Freud!).

Une fois ces enjeux posés, le récit prend un tournant disons étrange avec la petite amie qui, assez rapidement, agit, s’exprime, s’habille comme la mère, ou du moins l’image qu’elle fantasme d’elle. Alors, une simple affaire de possession? Ce serait trop simple et c’est toute la qualité du film de ne pas passer à côté des choses compliquées, jouant sur la subjectivité de la mise en scène: voyons-nous ce qu’Emmett voit vraiment (une métamorphose surnaturelle de sa petite amie en sa mère) ou délire-t-il en raison d’un deuil impossible, d’un passé qui lui revient dans la gueule? Ou alors la petite amie joue-t-elle un rôle pour réveiller son amoureux de son je-m’en-foutisme a-quoi-boniste de surface? S’est-elle laissé prendre au piège de cet exorcisme par jeu de rôles? À se demander qui est le plus à soigner des deux, en réalité…

Le psychodrame brouille élégamment les pistes, à la manière de tout un pan de l’horreur psy des deuils impossibles qu’on adore – de Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg au Cercle infernal de Richard Loncraine. Reste que, faute de substance et prisonnier de son dispositif minimalisme qui bégaie au bout du troisième jeu de rôles, Mother, May I? ne se hisse pas tout à fait à la hauteur de ses illustres prédécesseurs et vues les prémisses, c’est un rien enquiquinant. Fonctionnant sur la thématique du deuil, du drame humain et des manifestations visuelles et hallucinées qu’il provoque, il regarde le même horizon qu’un Ari Aster (Hérédité et Midsommar, ombres tutélaires évidentes) avec un souci de soigner l’atmosphère, une vraie élégance dans la mise en image (zooms subtils, mouvements de caméra bien pensés, positionnement dans le cadre, rendu climatique impec) et donc une réelle application dans l’exécution… Mais c’est cette même application, jusque dans les dialogues trop explicites/trop écrits/trop pensés du scénario, qui peine à susciter ce fameux trouble incitant le spectateur mordu à y revenir. Il y a bien la reconnaissance de beaux plans, mais il aurait fallu deux comédiens plus subtils pour les habiter et nous attraper par le colback: Kyle Gallner joue la léthargie existentielle de son perso avec deux expressions au compteur (et n’est pas Willem Dafoe), Holland Roden surjoue le côté mystérieusement mystérieux (et n’est pas Charlotte Gainsbourg). Reste, et c’est déjà pas mal, le plaisir de la découverte, en l’occurrence celle du cinéaste Laurence Vannicelli qui ose s’amuser de choses horribles et n’a pas honte de montrer du style.

Disponible sur la plateforme Shadowz
1h 39min / Thriller, Drame, Epouvante-horreur
De Laurence Vannicelli
Par Laurence Vannicelli
Avec Kyle Gallner, Holland Roden, Chris Mulkey

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