« Sparta », le film-polémique de Ulrich Seidl, sortira en salles fin mai

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Second film d’un dyptique initié avec Rimini, Sparta suit un professeur de judo pour enfants nommé Ewald (l’acteur autrichien Georg Friedrich), qui se découvre des attirances pédo. Ce nouveau film, visé par des accusations d’exploitation d’enfants durant le tournage, sortira en salles le 31 mai.

Non, Sparta n’est pas une suite au 300 de Zack Snyder, mais bien la dernière provocation de ce cher Ulrich Seidl. Ceux qui connaissent les précédents films de ce réalisateur autrichien branché ciné achtung achtung (la trilogie Paradis, Import-Export, Dog Days…) le savent: son cinéma arpente des territoires tabous, des zones interdites, montre ce que les spectateurs lambda ne veulent pas voir. Pas tellement un miroir qu’un éclairage sur des monstres humains que l’on suit et qui confessent leurs pensées inavouables et/ou se comportent comme tels. Toujours, la frontière résolument floue entre ce qui révèle du documentaire et de la fiction ajoute une dimension foncièrement dérangeante et Sparta, dernier long de son auteur, qui sort fin mai chez le courageux distributeur Damned Films, n’y échappe évidemment pas.

On y suit le personnage de Ewald qui s’est installé en Roumanie il y a plusieurs années. La quarantaine passée, il cherche un nouveau départ. Il quitte alors sa petite amie et part vivre dans l’arrière-pays où il ouvre un centre de judo pour jeunes garçons. Si les enfants profitent d’une nouvelle existence insouciante, la méfiance des villageois, elle, s’éveille rapidement. L’homme est alors obligé d’affronter une vérité qu’il a longtemps refoulée. Sur cette seconde partie d’un dyptique commencé avec Rimini (sorti fin novembre 2022, dans l’indifférence la plus totale) et focalisé sur les trajectoires distinctes de deux frères s’étant retrouvés pour les funérailles de leur mère avant de se re-séparer (l’un dans sa station balnéaire italienne, l’autre en Roumanie), Seidl fait doublement polémique: 1. pour son sujet d’un prof de judo qui tente de lutter contre ses tendances pédo en refaisant sa vie dans une région reculée de Roumanie 2. pour les accusations relayées par Der Spiegel révélant dans un long article que, lors du tournage, Seidl aurait exercé une pression psychologique sur des enfants et omis de dire aux parents que le film mettait en scène les tendances du personnage principal. En réaction, le cinéaste s’est fendu d’une réponse par communiqué: «Aucun enfant n’a été filmé nu dans une situation, une pose ou un contexte sexualisé (…) J’ai informé les parents de tout le contenu essentiel du film lors de nombreuses rencontres individuelles avec un traducteur avant le tournage». Aux dernières nouvelles, une enquête de la Direction des enquêtes sur le crime organisé et le terrorisme était en cours dans le comté de Satu Mare (nord-ouest de la Roumanie), où le tournage s’est déroulé.

Reste donc le film qui sort en salles, des mois après cette polémique. Et céder au visionnage peut légitimement plonger le spectateur dans un réel abîme de perplexité, avec des questions comme «le cinéaste a-t-il dirigé ces enfants dans le péril en évitant qu’ils n’entrent dans les zones interdites de l’exhibition et de l’obscénité?». À cela s’ajoute le tropisme autrichien qui pourrait éventuellement folkloriser ce bon gros malaise (le syndrome achtung achtung, donc). On peut aussi faire l’effort, et la provocation à notre tour, de présenter la chose différemment: Sparta dénonce un mécanisme de l’aveuglement contemporain quant à la maltraitance des enfants et le sentiment, suscité par la mise en scène, est avant tout celle d’un danger permanent. De quoi répondre à cette définition de ce que signifie filmer la monstruosité au cinéma: créer une fiction à laquelle on doit s’exposer comme à un danger. Un défi sans doute plus difficile à supporter aujourd’hui, où l’anodin peut faire polémique, qui ne saurait faire trembler son réalisateur et auquel a répondu, avec un courage inouï, l’acteur principal superstar en Autriche, Georg Friedrich… A.V.

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