Au fait, on a vu « Tár » (mieux vaut que tard que jamais, oui…)

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Après seize ans de silence radio, Todd Field revient. Pouf. Il nous avait laissé avec Little Children, romance grinçante de banlieue qui ressemblait à du Todd Solondz sans humour. C’est dire. Biopic bonjour bonsoir? Thriller gris? Drame d’amphi? Film d’horreur pas assumé? Film à oscars en costume trois pièces? Sa dernière monture, Tár, brouille les pistes. On commence par la fin, par le néant, par le rien (mais voilà pourquoi Cate criait à qui voulait bien entendre qu’elle voulait jouer chez Noé!). Il y a des disques éparpillés sur le sol et des caresses. Et un entretien si pointu qu’il perdra tout néophyte en musique classique. Avec une Blanchett trop transfigurée pour son bien, grosse voix, manières de roc, arrogance à peine contenue. Pris de haut, il y a de quoi lâcher prise. L’actrice australienne y endosse les costumes cintrés de Lydia Tár, chef d’orchestre fictive et respectée, qui fait trembler de nombreux concerts de ses mains et de sa baguette. Berlin y est un labyrinthe de glace, les appartements sont des tombes: ambiance fin du monde mais pas trop.

L’air de rien, le personnage de Tár se dessine, sûr de lui, impitoyable, queen du atchtung achtung qui n’hésite pas à faire peur aux petites filles dans la langue de Goethe. On glisse dans ce cauchemar blanc comme dans un chausson, prêt à essayer d’y déloger tous ses mystères: la disparition d’une ancienne collaboratrice semble émouvoir le milieu et quand elle est seule, la femme orchestre entend des tics, des tacs ou des cris. Malher de malheur: autrefois, on crevait à Venise sur fond de 5ᵉ symphonie, et maintenant? Quand on comprend la mécanique de l’objet, il est probablement trop tard pour reculer: d’où un manque d’amabilité résolu qui prendra de court de nombreux spectateurs, ce qu’a confirmé une polémique quelque peu stérile sur la «mauvaise représentation» de la femme, lesbienne qui plus est (encore une fois, on se demande si l’on doit vraiment sortir la gomme en permanence…).

Car aussi bizarre, tendu et faussement spectaculaire qu’il est, Tár parle bien d’abus de pouvoir et de cancel culture, mais sans sortir les grandes eaux. Le choc de deux mondes comme l’atteste la fameuse séquence du cours magistral tournant au vinaigre: celle d’une femme d’un autre temps, qui s’imagine effacer les gens comme on efface un mail, et d’une génération qui a décidé de ne plus laisser faire. Au didactisme, Todd Field préfère l’étrangeté, l’onirisme, le flou. Ça gratte, ça interpelle. Dommage pour la pseudo descente aux enfers, plutôt ratée elle. Mais voilà un drôle de bidule comme on les aime. J.M.

25 janvier 2023 en salle / 2h 38min / Drame, Musical
De Todd Field
Par Todd Field
Avec Cate Blanchett, Nina Hoss, Noémie Merlant

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