« The White Lotus » saison 2 explose la saison 1: Jennifer Coolidge superstar de cette déclaration d’amour fou au cinéma italien

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Vendu à l’origine comme une mini-série, The White Lotus et son hôtel des enfers nous avaient laissé un peu coi, aussi fascinant que déplaisant face à tant de complaisance dans les vilenies bourgeoises. Un vent chaud tournait, annonçant probablement un certain Triangle of Sadness… Et voilà que Mike White (créateur de la série, découvert il y a des années comme acteur-scénariste du méconnu et troublant Chuck and Buck) remet le couvert: si le White Lotus est une chaîne d’hôtel de luxe, autant faire le tour du monde avec! Et c’est sur l’Italie que White pique sa punaise, faisant revenir au passage l’indispensable Jennifer Coolidge dans le rôle de Tanya, flanquée de son nouveau fiancé dégotté précédemment à Hawaï. Drama again: la série commence par la fin et on repêche plusieurs corps dans la mer. Mais de qui? Le mystère demeure jusqu’à la fin, sommant aux spectateurs de s’accrocher à la moindre intrigue pour reconstituer son Cluedo quatre étoiles dans la caboche. C’est con, mais ça marche…

Premier éblouissement et pas des moindres: l’incroyable générique (le plus beau de l’année haut la main) où une sage fresque se laisse grignoter par la décadence sur des sonorités zinzins. Cristobalo Tapia de Veer, qui avait déjà composé une BO bien frappée pour la première saison, renouvelle le tour de force, entre techno et sérénade, menace feutrée et piano qui galope. Vient ensuite la Sicile, un idéal de beauté façon pub pour parfums qui se pare des atours d’une gigantesque fleur vénéneuse. Un décor tout en héritage, de la comédia del arte en passant par les opéras tragiques, la monstruosité comique chère aux Monstres de Risi, en passant par les errances Antonioniennes (le cinéaste étant explicitement cité au détour d’un décalque d’une scène de L’avventura). Doit-on accuser le citron dans l’air, les couleurs gourmandes (rachetant l’affreuse photo pisseuse de la première saison), la frivolité ambiante? Clairement, cette saison se déguste avec une saveur que l’opus précédent n’avait pas. Et peut-être aussi parce que ses personnages paraissent plus pathétiques que réellement odieux, moins guindés aussi malgré leurs portefeuilles pleins à craquer: il y a trois générations d’hommes (le papy pervers, le papa pleutre et le fils preux chevalier), deux couples que tout oppose (les Ken & Barbie versus le tandem de glaçons), une assistante larguée et mal fagotée, deux jeunes prostituées chasseuses de sugar daddy et une directrice à la recherche d’une femme à aimer.

Tout le monde court à la catastrophe, et on adore ça, le tout filmé avec un mélange d’allégresse et de mélancolie qui pétille d’un épisode à un autre. Des âmes toutes en quête de la grande bellezza, qu’il s’agisse d’amour ou de désir (de couple, de baise, de liens, d’une carrière…), qu’il faudra payer au prix de concessions, de mystères, de souffrance… et plus que souvent mettre la main à la poche s’il le faut. Mais la star du show, c’est bien sûr Jennifer Coolidge, se rêvant Monica Vitti, catapultée Pegga Pig, pour être enfin considérée comme une Madame Butterfly nouvelle génération. Son voyage en douce auprès une tribu d’homosexuels agités flatte tout ce que le public gay a pu projeter sur elle avant de prendre une direction hallucinante au détour d’un dernier épisode étouffant, où le grotesque et la tristesse sortent les gants de boxe. Radieuse et dépassée, elle emporte tout avec trois fois rien: «This is such a wonderful view, I wonder if anyone has ever jumped from here…» se demande-t-elle en contemplant le paysage… J.M.

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